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Qui menace réellement la presse ? Lecture critique du texte de Mohamed Ouzzine

Analyse et lecture critique du discours de Mohamed Ouzzine 
Secrétaire général du parti du Mouvement Populaire

Dans son article intitulé « Qui assassine la presse aujourd’hui ? », Mohamed Ouzzine intervient dans un contexte marqué par un débat intense autour de la loi relative au Conseil national de la presse et de la décision de la Cour constitutionnelle. Son texte ne constitue pas uniquement une prise de position politique ponctuelle, mais s’inscrit dans une lecture plus large des transformations du champ médiatique marocain et des tensions qui l’animent.

L’enjeu dépasse ainsi la controverse juridique : il s’agit d’un affrontement entre modèles de presse, visions du rôle du journaliste et rapports de force autour de la régulation professionnelle.

Une sortie assumée : du silence à la confrontation

Ouzzine commence par justifier les raisons de son intervention en évoquant des considérations éthiques, religieuses et politiques. Cette introduction n’est pas anodine. Elle sert à encadrer son propos et à affirmer qu’il ne réagit pas dans une logique de règlement de comptes, mais dans une volonté de « corriger des perceptions » et de contester ce qu’il considère comme des contre-vérités.

Son discours place ainsi le débat dans un cadre institutionnel : la décision de la Cour constitutionnelle n’est pas présentée comme une attaque contre les journalistes, mais comme une rectification juridique d’un texte contesté.

La question stratégique qui en découle est la suivante :
La difficulté réside-t-elle dans la loi elle-même ou dans la manière dont elle a été conçue et défendue politiquement ?

Cette interrogation renvoie à un débat plus large sur la qualité du processus législatif et sur le rôle du contrôle constitutionnel dans l’équilibre institutionnel.

La figure du « maestro » : critique d’un modèle médiatique

Dans son texte, Ouzzine s’attaque directement à une personnalité médiatique qu’il désigne de manière symbolique comme un « maestro ». Au-delà de la personnalisation, son analyse vise un modèle qu’il qualifie de presse de la provocation, de la dramatisation et de l’exploitation de la polémique.

Il identifie plusieurs dérives :

1. L’instrumentalisation du discours

Selon lui, certains acteurs cherchent à transformer un débat juridique en une mise en scène émotionnelle destinée à mobiliser l’opinion autour d’une narration défensive.

2. La confusion entre défense des journalistes et défense d’intérêts particuliers

Il souligne que l’argument de la protection des jeunes journalistes ne doit pas servir à masquer des pratiques de contrôle économique ou de gestion centralisée des ressources, notamment des subventions et des recettes publicitaires.

3. L’appropriation des mécanismes de financement

Le texte met en lumière la question sensible du financement public et de la distribution des ressources dans le secteur médiatique, suggérant que la dépendance économique peut devenir un outil d’influence.

La lecture analytique révèle ici un message adressé aux pouvoirs publics : la régulation du secteur doit aussi inclure une réflexion sur sa structure économique.

La décision de la Cour constitutionnelle : correction juridique et conséquences sociales

Ouzzine interprète la décision de la Cour constitutionnelle comme une clarification juridique nécessaire. Toutefois, il attire l’attention sur ses conséquences possibles pour les professionnels du secteur.

Cette position illustre un double discours :

  • Reconnaissance du rôle de l’institution constitutionnelle.

  • Alerte sur les impacts socio-économiques pour les journalistes.

Cela ouvre une réflexion stratégique plus large :

Peut-on garantir la liberté de la presse uniquement par des textes juridiques, sans assurer une stabilité économique et institutionnelle au secteur ?

La question dépasse le cadre partisan et touche à la gouvernance globale des médias.

Financement public et indépendance : une tension permanente

L’un des points centraux du texte concerne le financement des médias, notamment le rôle du soutien public et des budgets issus des recettes publicitaires.

Ouzzine suggère que certains discours prétendent défendre les journalistes tout en occultant la réalité de la dépendance financière au soutien de l’État ou à la gestion des espaces publicitaires.

Cela pose un dilemme structurel :

Comment préserver l’indépendance éditoriale lorsque le modèle économique repose en partie sur des mécanismes publics ?

Ce débat n’est pas spécifique au Maroc, mais constitue une problématique universelle dans un contexte de mutation numérique et de fragilisation des modèles traditionnels de rentabilité.

Une bataille de valeurs plus qu’un simple conflit juridique

Le texte transforme le différend en une confrontation entre deux visions :

  • Une presse de mission, fondée sur la responsabilité, l’éthique et la défense des institutions.

  • Une presse de marché, accusée de privilégier la polémique, la mise en scène et la logique du sensationnalisme.

Cette dichotomie, volontairement marquée, structure l’argumentation d’Ouzzine. Elle vise à redéfinir le débat non pas autour d’une personne, mais autour d’un modèle.

Cependant, une question demeure ouverte :

Qui fixe les standards de la profession ?
Les instances de régulation ? Le marché ? Ou un consensus professionnel partagé ?

Lecture politique du contexte

Le positionnement d’Ouzzine s’inscrit également dans la dynamique politique du Mouvement Populaire, parti d’opposition. Son intervention peut être lue comme :

  • Un soutien indirect à la décision de la Cour constitutionnelle.

  • Une critique des acteurs médiatiques perçus comme dominants dans l’espace public.

  • Une affirmation du rôle des partis politiques dans le débat sur la régulation des médias.

Ainsi, le texte participe à une redéfinition des lignes de clivage entre politique, justice constitutionnelle et champ médiatique.

Conclusion

L’article de Mohamed Ouzzine ne se limite pas à une réaction circonstancielle. Il constitue une prise de position structurée sur l’état de la presse marocaine et sur les tensions qui traversent son cadre juridique et économique.

La question posée — Qui assassine la presse aujourd’hui ? — ne reçoit pas une réponse unique dans son texte. Elle ouvre plutôt un débat sur :

  • Les mécanismes de régulation.

  • Le financement du secteur.

  • L’éthique professionnelle.

  • Et la responsabilité des acteurs médiatiques.

(*) Article original signé par Mohamed Ouzzine, Secrétaire général du Parti du Mouvement Populaire — Lecture analytique et contextualisée.

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