mercredi, février 25, 2026
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Abondance dans les ports… désordre dans le commerce de détail : qui freine l’impact de la sardine sur les prix ?

Depuis l’accostage des premiers chalutiers au Port de Laâyoune, marquant la fin de la période de repos biologique, le signal semblait clair : l’offre de sardine allait connaître un rebond significatif. En pleine montée de la demande liée au mois de Ramadan, période où la sardine occupe une place centrale dans la consommation des ménages marocains, l’abondance annoncée dans les ports du Sud portait la promesse d’un apaisement des prix. Pourtant, entre le quai et l’étal du détaillant, l’histoire se complexifie.

Les chiffres officiels traduisent une reprise spectaculaire. Après un arrêt s’étendant du 1er janvier à la mi-février, l’activité a redémarré progressivement : six navires ont d’abord débarqué environ 102 tonnes, avant que les volumes ne dépassent le millier de tonnes dès le lendemain, dont une part importante de sardine. En l’espace de quelques jours, les débarquements ont frôlé les deux mille tonnes quotidiennes. À première vue, tous les indicateurs convergent : ressource reconstituée, flotte mobilisée, conditions météorologiques favorables.

Dans les marchés de gros, la dynamique s’est confirmée. Au Marché de gros des poissons d’El Hraouiyine, près de 492 tonnes de sardine ont été enregistrées en une seule journée, en plus d’autres espèces comme l’anchois. Les approvisionnements en provenance de Tan-Tan, Safi et Laâyoune ont contribué à une relative détente des prix, la sardine s’établissant autour de 8 dirhams le kilo en gros. Sur le plan structurel, le dispositif de repos biologique et le renforcement du contrôle des activités de pêche apparaissent ainsi comme des leviers efficaces de durabilité et de régulation.

Cependant, la perception du consommateur raconte une autre réalité. Malgré cette abondance en amont, les plaintes persistent quant aux prix pratiqués au détail. L’écart entre le prix de gros et le prix affiché sur certains marchés de quartier soulève une question récurrente : où se forment réellement les marges ?

Entre le port et l’assiette, la chaîne de distribution s’étire : transport, conservation, intermédiaires successifs, coûts logistiques, fiscalité locale et marges commerciales. Chacun de ces maillons a sa légitimité économique. Mais lorsque l’abondance ne se traduit pas mécaniquement par une baisse perceptible pour le consommateur final, c’est l’architecture même du circuit de commercialisation qui est interrogée. L’offre augmente, mais le signal-prix semble partiellement amorti.

Cette situation met en lumière une problématique plus profonde : celle de la transparence et de la régulation des circuits de distribution. Si les marchés de gros sont relativement structurés et encadrés, le segment du détail demeure fragmenté, rendant plus difficile le suivi des marges et l’évaluation précise de la formation des prix.

Ainsi, l’histoire de la sardine dépasse la simple statistique des tonnages débarqués. Elle devient un révélateur des tensions latentes entre politique halieutique, efficacité logistique et pouvoir d’achat. Le succès du repos biologique et la régularité de l’approvisionnement constituent une avancée indéniable. Mais l’enjeu central reste la traduction concrète de cette abondance en justice tarifaire.

Car au bout de la chaîne, ce n’est pas seulement la quantité disponible qui compte, mais la capacité réelle des ménages à en bénéficier. Entre les ports du Sud et les étals urbains, c’est toute la question de l’équilibre du marché marocain qui se joue — une équation où l’abondance ne suffit pas toujours à corriger les déséquilibres du détail.

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