Quand un capitaine referme lui-même la porte de la sélection, il ne s’agit jamais d’un simple départ. C’est un passage de témoin, presque un moment de bascule entre deux générations. C’est dans cet esprit que Romain Saïss a annoncé mettre un terme à sa carrière internationale, tournant la page d’un long parcours avec la sélection marocaine, marqué par la constance, le sens du devoir et le port du brassard dans les rendez-vous les plus décisifs.
L’annonce, publiée lundi soir sur son compte Instagram, avait la tonalité d’un texte réfléchi, loin de l’émotion brute. Saïss y évoque « le plus beau chapitre » de sa vie de footballeur, une formule qui résume à elle seule la transformation vécue par le football marocain ces dernières années. D’une équipe en quête de stabilité continentale, le Maroc est devenu une nation qui revendique sa place sur la scène mondiale. Au cœur de cette mutation, Saïss a incarné la solidité défensive et la discipline tactique des Lions de l’Atlas.
Sous le maillot de la Équipe du Maroc de football, il n’a jamais été l’homme des excès médiatiques, mais celui de l’équilibre et de la rigueur. Défenseur de lecture et d’anticipation, il a progressivement endossé un rôle de leader naturel. Le brassard, qu’il a porté lors de phases cruciales, n’était pas pour lui un symbole décoratif, mais une responsabilité. Chaque match était l’occasion de rappeler que représenter le Maroc dépasse le cadre sportif : c’est porter les attentes d’un peuple.
Dans son message d’adieu, il insiste sur la dimension humaine de l’aventure. Les coéquipiers, les staffs techniques, mais surtout les supporters, dont il salue le soutien indéfectible, présenté comme un moteur de progression. Ce lien avec le public, forgé dans les moments de doute comme dans les exploits, a contribué à renforcer l’identité compétitive de la sélection.
Saïss n’a pas manqué de souligner également l’évolution structurelle du football national. Il a évoqué les progrès en matière d’infrastructures et de professionnalisation, inscrivant cette dynamique dans la vision impulsée sous le règne de Mohammed VI. Une manière de rappeler que la réussite sportive ne se limite pas au terrain, mais s’appuie sur un projet institutionnel et stratégique de long terme.
Son retrait ouvre inévitablement une interrogation : qui assumera désormais le rôle de leader dans le vestiaire ? Car une sélection ne perd pas seulement un joueur, mais une mémoire tactique, une expérience accumulée dans les grandes compétitions. Pourtant, le ton du message est résolument tourné vers l’avenir. Saïss se dit convaincu que l’équipe nationale dispose des ressources nécessaires pour poursuivre son ascension.
Ainsi, le départ de Romain Saïss ne s’apparente pas à une fin mélancolique, mais à l’aboutissement d’un cycle. Un capitaine s’efface, laissant derrière lui une barre plus haute que celle qu’il avait trouvée à ses débuts. Entre le rêve d’enfant qu’il évoque et la décision mûrement réfléchie de se retirer, se dessine le portrait d’un joueur qui aura fait de l’engagement et de la fidélité à ses couleurs la trame d’une histoire collective devenue référence.


