Dans un mouvement diplomatique qui marque une évolution notable dans l’approche américaine du dossier du Sahara, Washington accueille une nouvelle session de négociations réunissant les ministres des Affaires étrangères du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, avec la participation d’un représentant du Polisario. Toutefois, l’enjeu dépasse le simple cadre d’une réunion protocolaire : il s’agit d’une tentative de faire entrer le processus dans une phase décisive, sous conduite directe américaine et avec un calendrier orienté vers un règlement avant l’été prochain.
Cette dynamique traduit un changement structurel. Le dossier, longtemps cantonné au cadre onusien marqué par la lenteur et le blocage, semble désormais placé sous une supervision politique plus active de la Maison-Blanche. L’objectif affiché est clair : transformer la proposition marocaine d’autonomie en un cadre opérationnel susceptible de servir de base à un accord politique final.
Une conduite américaine assumée et une pression diplomatique visible
La nouvelle orientation est portée par des acteurs clés de l’administration américaine, notamment les conseillers chargés des questions africaines et de sécurité nationale, dont la coordination renforce le poids exécutif du processus. Cette implication directe signale que Washington ne souhaite plus se limiter à un rôle d’observateur, mais entend structurer un mécanisme de sortie de crise fondé sur des paramètres réalistes et négociés.
Dans ce contexte, des signaux politiques sont adressés à l’Algérie pour encourager une participation plus constructive. Parmi ces signaux figure l’éventualité d’un ajustement du niveau de représentation diplomatique, interprété comme un message de pression stratégique. Par ailleurs, des discussions au sein du Congrès américain évoquent la possibilité d’un encadrement juridique plus strict à l’égard des entités armées qui refuseraient toute solution politique et contribueraient à l’instabilité régionale.
Washington semble également envisager de lier davantage la coopération économique et l’aide internationale à l’engagement réel des parties dans un processus fondé sur le compromis.
L’autonomie comme référentiel central
Au cœur des discussions figure la proposition marocaine d’autonomie sous souveraineté nationale, présentée dans une version actualisée et enrichie précisant la répartition des compétences. Le texte renforce les prérogatives des populations locales dans la gestion des affaires économiques, sociales et culturelles, tout en confirmant la compétence exclusive de l’État central en matière de défense, de sécurité nationale et de politique étrangère.
Les symboles de souveraineté — drapeau national et monnaie — demeurent au cœur de l’architecture proposée, affirmant l’unité territoriale tout en ouvrant un espace d’autogouvernance élargie.
Cette approche bénéficie d’un environnement international plus favorable, notamment avec le soutien explicite de la France et de l’Espagne. Le scénario du référendum, longtemps présenté comme alternative principale, s’est progressivement effacé du discours diplomatique dominant. Le fondement juridique invoqué par Washington repose également sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité adoptée en octobre 2025, qui appelle à une solution politique réaliste, pragmatique et consensuelle — formulation qui correspond largement à l’initiative marocaine.
Du terrain économique à la reconnaissance pratique
Au-delà des négociations politiques, la réalité sur le terrain joue un rôle structurant dans la reconfiguration du dossier. Les villes de Laâyoune et de Dakhla sont devenues des pôles d’attraction diplomatique et économique, accueillant plus de trente représentations consulaires étrangères, un chiffre interprété comme une reconnaissance pratique de la dynamique institutionnelle existante.
Le Maroc a mobilisé plus de 80 milliards de dirhams pour des projets structurants majeurs, dont l’autoroute reliant Tiznit à Dakhla sur 1 100 km et le port atlantique de Dakhla, projet stratégique destiné à renforcer l’intégration africaine et l’ouverture sur l’Atlantique.
Sur le plan énergétique, la région s’impose comme un espace d’investissement majeur dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, attirant des acteurs internationaux engagés sous souveraineté marocaine. Cette transformation économique renforce la dimension irréversible des infrastructures et consolide la position du royaume dans le débat politique.
Participation politique et légitimité institutionnelle
La participation active des populations des provinces du Sud aux élections et aux institutions régionales constitue également un argument central dans la stratégie marocaine. À travers des conseils élus gérant les affaires locales, le modèle proposé se présente comme une mise en œuvre concrète du droit à l’autodétermination dans le cadre de l’intégrité territoriale.
Une étape décisive ou une transition stratégique ?
La session de Washington apparaît ainsi comme une tentative de structurer une sortie de crise sur la base d’un calendrier précis et d’un cadre négocié autour de l’autonomie. Si le succès de cette démarche dépendra de la volonté politique des parties concernées, l’évolution actuelle montre que le centre de gravité diplomatique du dossier s’est déplacé vers une approche plus pragmatique, articulant sécurité, développement et souveraineté.


