Dans un contexte marqué par la fin d’un mandat institutionnel et la nécessité de sécuriser la continuité du fonctionnement du dispositif de régulation professionnelle, le gouvernement a décidé de mettre en place une commission administrative chargée d’assurer la gestion transitoire du Conseil national de la presse. Cette décision ne peut être analysée comme une simple mesure technique, mais plutôt comme un acte d’ajustement institutionnel visant à éviter un vide juridique susceptible d’affecter l’organisation du secteur journalistique.
La composition annoncée de cette commission reflète une volonté d’équilibrer les garanties institutionnelles et la supervision publique. Elle sera présidée par un magistrat désigné par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ce qui introduit une dimension de neutralité juridictionnelle et de référence au droit dans la conduite de la transition. À ses côtés figureront un représentant du Conseil national des droits de l’Homme, intégrant ainsi une lecture fondée sur les libertés publiques et la protection des droits fondamentaux liés à la liberté d’expression. La présence d’un représentant du Conseil économique, social et environnemental inscrit également cette structure dans une logique plus large de dialogue sociétal et de prise en compte des dimensions économiques et sociales du secteur des médias.
En complément, deux experts en presse et en édition seront nommés par le chef du gouvernement. Ce choix confère à l’exécutif un rôle direct dans la désignation d’une partie des membres, ce qui suscite déjà des interrogations parmi certains acteurs du champ médiatique quant à l’équilibre réel entre indépendance fonctionnelle et supervision administrative. Les partisans de cette configuration soutiennent toutefois que, dans une phase transitoire, l’intervention gouvernementale est nécessaire pour stabiliser l’institution et garantir la continuité de ses missions essentielles.
La commission aura pour mission principale la gestion administrative et financière du Conseil, assurant ainsi la continuité du service professionnel rendu à la corporation journalistique. Dans un contexte où le débat sur l’avenir de l’autorégulation du secteur demeure ouvert, cette démarche apparaît comme une réponse pragmatique à une situation institutionnelle qui exige des ajustements rapides. Elle devra notamment garantir le traitement des dossiers courants, le suivi des procédures administratives et la préservation des équilibres fonctionnels internes.
Parallèlement, le gouvernement a décidé de prolonger la validité des cartes de presse professionnelle délivrées au titre de l’année 2025, lesquelles resteront valables durant l’année 2026. Cette mesure vise à prévenir tout vide juridique ou blocage administratif susceptible de perturber l’exercice professionnel des journalistes. Elle constitue également un signal de stabilisation dans une période de réorganisation institutionnelle, en évitant que la transition ne se traduise par une suspension des droits d’identification professionnelle.
La commission se voit également attribuer la compétence de statuer sur les plaintes liées à l’éthique professionnelle. Ce mandat renforce le principe de régulation déontologique, mais soulève simultanément une question stratégique : une structure transitoire peut-elle exercer pleinement un pouvoir disciplinaire sans fragiliser la légitimité de ses décisions ? Les défenseurs du dispositif considèrent que l’urgence de maintenir un mécanisme fonctionnel justifie cette délégation temporaire de compétences, tandis que certains observateurs plaident pour une clarification rapide du cadre permanent qui devra succéder à cette étape.
Au-delà de l’aspect organisationnel, cette décision s’inscrit dans un débat plus large sur la nature du modèle de régulation journalistique au Maroc : faut-il renforcer l’autonomie institutionnelle du Conseil ou revoir sa gouvernance pour mieux l’adapter aux transformations numériques et aux mutations du paysage médiatique ? L’initiative gouvernementale apparaît ainsi comme une solution d’équilibre, mais aussi comme une phase charnière qui déterminera l’orientation future de l’architecture réglementaire du secteur.
Ainsi, cette transition administrative ne se limite pas à une simple prorogation fonctionnelle. Elle marque un moment de redéfinition implicite des rapports entre l’État, les instances consultatives et la profession, dans un environnement où la stabilité institutionnelle demeure un enjeu central pour la crédibilité et la régulation du champ médiatique.


