Dans un moment politique marqué par l’anticipation des prochaines échéances électorales, Idriss Azami Idrissi, dirigeant influent du PJD, a choisi de replacer son parti au centre du débat public. Son intervention ne relevait pas d’un simple exercice de communication conjoncturelle, mais d’une tentative de redéfinition stratégique après le séisme électoral de 2021. De la question des alliances à la crise de confiance, en passant par la lecture du retrait d’Aziz Akhannouch de la scène partisane, l’entretien s’est apparenté à une opération de reconstruction narrative.
D’emblée, Al-Azami a fermé la porte à toute candidature commune anticipée avec d’autres formations de l’opposition. Le parti ira aux élections avec ses propres candidats, désignés à travers des procédures internes encadrées — des assemblées provinciales jusqu’à l’organe de validation au sein du secrétariat général. Pas de « carré d’or » négocié en amont, pas d’alliances préélectorales. Le message est double : préserver l’autonomie organisationnelle et éviter toute lecture de faiblesse stratégique. Les alliances, insiste-t-il, relèvent d’une décision institutionnelle qui ne peut intervenir qu’après les résultats.
L’un des moments les plus marquants de l’entretien fut sa lecture du retrait d’Aziz Akhannouch, chef du gouvernement et président du IRNI, du devant de la scène électorale. Pour Al-Azami, ce départ s’apparente à une « esquive du jugement politique ». Toutefois, au-delà des personnes, il a cherché à déplacer le débat vers le « modèle » de gouvernance, critiquant les interférences supposées entre pouvoir politique et intérêts économiques. Selon lui, le départ d’un individu ne saurait effacer la responsabilité politique liée aux choix et orientations adoptés.
Dans cette perspective, le PJD tente de se repositionner comme une force d’opposition éthique et institutionnelle, s’attaquant davantage aux logiques de gestion qu’aux individus eux-mêmes. Al-Azami a précisé que son parti n’est pas hostile aux entrepreneurs, mais qu’il refuse toute situation de conflit d’intérêts susceptible d’affecter la décision publique. Le discours renoue ainsi avec les thèmes fondateurs du parti : intégrité, lutte contre les rentes et défense de l’équité.
Mais le défi central, reconnaît-il, reste la crise de confiance. Confiance envers les partis, envers les institutions élues et même envers l’utilité du vote. Il évoque la période 2012–2016 comme un moment de forte mobilisation citoyenne, contrastant avec un climat ultérieur marqué par la désaffection. Son message à la jeunesse — notamment à la génération née après 2000 — est clair : il n’existe pas d’alternative à l’engagement partisan et à la participation électorale. Reste cependant une tension structurelle : comment convaincre une génération critique à l’égard des médiations traditionnelles de réinvestir ces mêmes canaux ?
Concernant le « mercato » politique — ces transferts d’élus et de notables entre partis — Al-Azami en minimise la portée, préférant mettre en avant le renouvellement interne à travers les mécanismes organisationnels. Il rejette toute lecture binaire entre « mécontents » et « satisfaits », affirmant que seules les institutions internes arbitrent les choix. Pourtant, derrière cette posture institutionnelle subsiste une interrogation majeure : les procédures suffiront-elles à restaurer la cohésion et la mobilisation après la défaite électorale historique ?
Sur le plan doctrinal, il reconnaît que l’après-2021 n’a pas donné lieu à un vaste débat interne classique, mais rappelle que le dernier congrès a révisé la plateforme idéologique sans toucher aux fondamentaux : référence islamique, constantes nationales, démocratie interne et action institutionnelle. L’ajustement a porté sur la thèse politique, nourrie par l’expérience gouvernementale et locale. Le mot d’ordre avancé résume l’orientation actuelle : « poursuivre le combat pour la crédibilité du choix démocratique et la dignité des citoyens ». Il s’agit désormais d’articuler la défense du processus démocratique à la question sociale — éducation, santé, gouvernance et justice sociale.
Évoquant l’expérience de gestion locale, notamment à Fès, Al-Azami souligne la complexité du terrain municipal : contraintes budgétaires, enchevêtrement des compétences et proximité directe avec les attentes des citoyens. Une manière d’insister sur l’expérience accumulée et sur la dimension concrète de l’action publique, au-delà des discours nationaux.
En définitive, cette sortie médiatique apparaît comme une tentative de réancrage stratégique du PJD dans un paysage politique en recomposition. Entre refus d’alliances anticipées, critique d’un modèle de gouvernance et appel à la restauration de la confiance démocratique, Idriss Al-Azami cherche à projeter son parti au-delà du choc de 2021. Reste à savoir si la révision du discours et la mise en avant de la cohérence institutionnelle suffiront à reconquérir un électorat devenu plus exigeant et plus sceptique face aux promesses politiques.


