dimanche, février 22, 2026
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“Adieu au seuil des 70 dirhams” : du discours du “Maroc Vert” à la réalité du “prix réel”… quand la vérité des coûts s’impose à la table des ménages

Le prix de la viande rouge à 70 ou 75 dirhams le kilo appartient désormais davantage au souvenir qu’à la réalité du marché. Ce repère tarifaire, longtemps évoqué comme une référence possible ou un objectif implicite, semble avoir cédé la place à une nouvelle grille de lecture portée par les autorités publiques : celle du “prix réel”.

Intervenant sur les plateformes médiatiques de Media24, notamment dans l’émission Le 12/13, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a posé les termes du débat de manière directe. Son message n’était pas seulement technique. Il traduisait un repositionnement du discours officiel : au lieu d’entretenir l’idée d’un retour aux anciens niveaux de prix, il s’agit désormais d’expliquer les paramètres qui déterminent les coûts actuels et d’assumer leurs conséquences sur les tarifs finaux.

Sur le plan des politiques publiques, plusieurs mesures ont été mises en œuvre : réduction des droits de douane, suppression de la TVA sur l’importation de bovins et ouverture accrue aux importations pour élargir l’offre et atténuer la tension sur le marché. En théorie, ces mécanismes devraient exercer une pression à la baisse sur les prix ou, à tout le moins, limiter leur envolée. Pourtant, dans la pratique, le prix de la viande demeure au-dessus du seuil des cent dirhams dans de nombreux points de vente.

Ce décalage entre l’intention politique et le résultat observé soulève une interrogation centrale : où se dissout l’effet des mesures adoptées ? Est-ce uniquement la dernière chaîne — celle du boucher — qui absorbe la hausse des coûts, ou bien la structure même du marché explique-t-elle cette rigidité tarifaire ?

Le ministre a évoqué l’augmentation des marges du boucher, passées d’environ huit à quinze dirhams, en mettant en avant la hausse des charges et la durée de conservation plus longue des produits. Cette explication éclaire une partie de la chaîne de valeur, mais elle ne suffit pas à dissiper l’ensemble des interrogations. La formation du prix dépend d’une succession d’acteurs : importateurs, intermédiaires, opérateurs logistiques, abattoirs et détaillants. La répartition des marges entre ces acteurs reste souvent peu transparente, rendant difficile une lecture complète du mécanisme de fixation des prix.

Au-delà de la responsabilité d’un segment précis, la question devient structurelle. Le marché de la viande fonctionne dans un contexte de dépendance aux importations, de volatilité des coûts des aliments pour bétail et de concentration de l’offre entre un nombre limité d’opérateurs. Cette configuration limite l’efficacité des instruments classiques de régulation et rend les prix plus sensibles aux fluctuations internationales qu’aux décisions administratives internes.

Lorsque l’exécutif parle de “dire la vérité” sur le coût réel de production, il ne présente qu’une partie de l’équation. L’autre partie concerne le pouvoir d’achat. Si les coûts ont augmenté sous l’effet de facteurs externes — énergie, matières premières, logistique — la question fondamentale demeure : les revenus des ménages ont-ils évolué dans les mêmes proportions pour absorber cette hausse sans compression excessive de leur budget alimentaire ?

C’est précisément dans cet écart que se cristallise la tension sociale. L’économie ne se mesure pas uniquement à travers les indicateurs de production ou les équilibres comptables, mais à travers la capacité des ménages à accéder aux produits de base sans sacrifier d’autres besoins essentiels.

Le passage d’un discours structuré autour du “Maroc Vert”, symbole d’ambition productive et de souveraineté alimentaire, à une rhétorique fondée sur le “prix réel” marque une évolution dans la manière d’appréhender la question alimentaire. Le premier promettait l’expansion et l’autosuffisance ; le second reconnaît la contrainte des marchés et l’intégration dans des dynamiques économiques mondialisées.

Entre ces deux narratifs, la table familiale demeure le véritable baromètre. La problématique dépasse désormais la simple interrogation : “Combien coûte le kilo aujourd’hui ?” Elle devient plus large et plus stratégique : comment instaurer un système de marché plus transparent, mieux régulé, capable de répartir équitablement les marges et d’atténuer les chocs externes, tout en préservant la stabilité sociale ?

La viabilité des politiques publiques dans ce secteur sensible dépendra de leur capacité à articuler trois dimensions : la maîtrise des coûts, la régulation des circuits de distribution et la protection du pouvoir d’achat. Sans cet équilibre, le concept de “prix réel” risque d’être perçu non pas comme une clarification économique, mais comme une normalisation durable de la hausse.

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