dimanche, février 22, 2026
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Condamnations pour les violences de la finale de la CAN à Rabat… entre fermeté judiciaire et mise à l’épreuve de l’image sportive du Maroc.

Dans une soirée lourde de symboles pour la ville de Rabat, le tribunal de première instance a rendu son verdict dans l’affaire des incidents survenus lors de la finale de la CAN, organisée au Stade Prince Moulay Abdellah. Les peines prononcées – allant de trois mois à un an de prison ferme, assorties d’amendes comprises entre 1 200 et 5 000 dirhams – ne constituent pas seulement une réponse judiciaire à des faits de violence. Elles traduisent aussi une volonté institutionnelle de protéger l’image du pays et la crédibilité de ses grandes manifestations sportives.

Le tribunal a réparti les responsabilités selon les charges retenues. Quatre supporters, dont un ressortissant français d’origine algérienne, ont été condamnés à trois mois de prison ferme et à une amende de 1 200 dirhams. Le prévenu (I.M) a été acquitté des accusations de participation à des violences, de dégradation d’équipements sportifs et de prise de photos de personnes dans un lieu privé sans leur consentement, tout en étant condamné pour d’autres chefs d’inculpation. Par ailleurs, quatre supporters sénégalais ont écopé de six mois de prison ferme et d’une amende de 2 000 dirhams, tandis que d’autres ressortissants sénégalais ont été condamnés à un an de prison ferme et à une amende de 5 000 dirhams pour des faits liés notamment à des violences, à la destruction d’équipements et à l’envahissement de la pelouse.

Au-delà des chiffres, l’affaire révèle des enjeux plus profonds. Les incidents ne relèvent pas d’une simple altercation de tribune, mais interrogent la capacité d’encadrement, la gestion des flux de supporters et la solidité des dispositifs de sécurité lors d’événements continentaux. Le ministère public a évoqué des pertes estimées à 4,87 millions de dirhams, ainsi que des actes violents visant les forces de l’ordre et les stadiers. L’affaire s’inscrit ainsi dans une logique de préservation de l’ordre public et de protection des infrastructures sportives.

Dans leurs dernières déclarations, les prévenus, détenus depuis le 18 janvier, ont présenté leurs excuses au peuple marocain. Le ressortissant français d’origine algérienne a toutefois exprimé son incompréhension face à une détention de 32 jours qu’il estime non étayée par des preuves matérielles « décisives », affirmant n’avoir pas été confronté à des éléments probants dès le premier jour de son arrestation. Cette déclaration soulève une tension classique entre l’exigence de fermeté et la perception individuelle du droit à un procès équitable.

La défense, notamment par la voix de Me Jawad Ben Aïssa, a tenté de fragiliser certains éléments d’accusation, en soulignant que l’introduction de bouteilles d’eau dans le stade était en principe interdite par les organisateurs. Un argument qui renvoie indirectement à la question des failles éventuelles dans le dispositif de contrôle et d’accès.

La présence d’un avocat sénégalais et le recours à un traducteur assermenté, les prévenus ayant affirmé ne pas maîtriser l’arabe, rappellent également la dimension internationale du dossier. Les stades contemporains sont devenus des espaces transnationaux, où tout incident peut rapidement prendre une portée diplomatique et médiatique.

En définitive, le jugement apparaît comme une tentative de tracer une ligne claire entre passion sportive et dérive violente. Mais la véritable question demeure : ces condamnations marqueront-elles le début d’une réflexion plus large sur la sécurisation des grands événements et la promotion d’une culture de supporter responsable ? Ou resteront-elles une réponse strictement pénale à des faits isolés ?

Ce qui s’est produit lors de cette finale dépasse le simple fait divers. C’est un révélateur des défis auxquels sont confrontés les pays organisateurs dans une ère où l’image circule plus vite que les communiqués officiels. Entre exigence d’autorité et impératif de justice, l’enjeu est désormais de préserver la fête du football sans qu’elle ne bascule à nouveau dans le désordre.

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