Dans un contexte régional chargé de tensions, le Maroc a choisi d’inscrire son nom dans l’équation de “l’après-guerre” à Gaza, non par une simple déclaration diplomatique, mais par un engagement opérationnel clair. Lors d’une réunion du Conseil de la paix en présence du président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a révélé que Rabat s’est engagée à déployer des éléments de la police marocaine pour assurer des missions de formation des forces à Gaza, ainsi qu’à envoyer des officiers spécialisés au sein d’une force internationale de stabilisation.
Au-delà de la dimension sécuritaire, l’initiative comprend la mise en place d’un hôpital de campagne pour répondre aux urgences médicales et le lancement d’un programme intégré de lutte contre les discours de haine et de promotion des valeurs de tolérance et de coexistence. Le Maroc cherche ainsi à conjuguer sécurité “dure” et sécurité “humaine”, convaincu que la stabilité durable ne peut être dissociée de la reconstruction du tissu social.
Cette annonce marque un passage significatif : du soutien politique traditionnel à la cause palestinienne vers une contribution concrète à l’architecture de l’après-conflit. Former des forces locales implique un investissement dans la reconstruction institutionnelle et dans la restauration de la confiance. C’est aussi une manière pour Rabat de s’inscrire dans les mécanismes internationaux de gestion de crise, en mettant en avant son expertise en matière de formation policière et de prévention de l’extrémisme.
Politiquement, l’alignement exprimé avec la vision du président américain pour la paix confère à l’initiative un cadre international, tout en maintenant la référence stratégique à l’Autorité palestinienne et à ses institutions légitimes. Ce positionnement révèle une diplomatie d’équilibre : accompagner une dynamique internationale, sans s’écarter des constantes politiques marocaines.
Reste toutefois la question des conditions de réussite. La stabilisation de Gaza ne peut être isolée de celle de la Cisjordanie, ni dissociée d’un horizon politique crédible. Entre ambition diplomatique et complexité du terrain, le Maroc s’engage dans un espace sensible, où la crédibilité de l’action comptera autant que la portée des déclarations.


