mercredi, février 18, 2026
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Incertitude sanitaire au sommet du pouvoir à Abou Dhabi : ce que l’on sait… et ce qui reste tu

Dans un contexte régional particulièrement sensible, le nom des Émirats arabes unis est revenu sur le devant de la scène non pas à travers une initiative diplomatique ou sécuritaire, mais à la suite d’un flou inédit entourant l’état de santé du président de l’État, Mohammed ben Zayed Al Nahyan, après un message énigmatique diffusé puis supprimé par la présidence turque.

L’affaire a éclaté avec l’annulation soudaine d’une visite officielle du président turc Recep Tayyip Erdogan à Abou Dhabi. Si les reports diplomatiques ne sont pas rares, le contenu du message publié sur le réseau X par la présidence turque a, lui, provoqué une onde de choc : Ankara y évoquait explicitement un « malaise de santé » du président émirati, accompagné de vœux de prompt rétablissement.

Le plus troublant reste que ce message, composé de plusieurs paragraphes, a été rapidement effacé sans explication, tandis que les médias publics turcs, notamment TRT, se sont abstenus de poursuivre la couverture, alors qu’ils avaient initialement confirmé l’information. Ce double silence – suppression du tweet et blackout médiatique – a nourri les spéculations : simple erreur de communication ou divulgation prématurée d’une information jugée trop sensible ?

Du côté émirati, la ligne officielle est restée immuable. L’agence de presse WAM s’est contentée d’évoquer un appel téléphonique entre Mohammed ben Zayed et Erdogan, sans la moindre allusion à son état de santé. Cette version minimaliste contraste fortement avec la narration turque initiale, renforçant l’idée d’un écart significatif entre ce qui est communiqué et ce qui se sait réellement dans les cercles diplomatiques.

Le dernier acte public du président émirati remonte à quelques jours auparavant, lorsqu’il avait reçu l’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani dans une rencontre largement médiatisée. Depuis, aucune apparition officielle, aucun discours, aucune image nouvelle : un silence inhabituel pour un chef d’État réputé omniprésent sur la scène régionale.

Derrière ce flou, une question s’impose : celle de la succession. Mohammed ben Zayed, devenu président en mai 2022 après la mort de son frère Khalifa, gouvernait déjà de facto depuis plusieurs années, en raison de la maladie de ce dernier. L’histoire récente des Émirats montre ainsi que la gestion du pouvoir en période d’incapacité physique n’est pas une nouveauté, mais elle n’en reste pas moins politiquement délicate.

Dans ce contexte, le nom du prince héritier d’Abou Dhabi, Khaled ben Mohammed ben Zayed, revient avec insistance. Âgé de 44 ans, il incarne la continuité du système : parcours sécuritaire, responsabilités stratégiques, contrôle de centres de décision clés. Sa nomination en 2023 avait déjà été interprétée comme un signal clair de préparation à la relève.

Au-delà des personnes, c’est surtout la manière dont l’information est gérée qui interroge. Le contraste entre la transparence relative affichée par Ankara, puis son retrait brutal, et le silence rigoureux d’Abou Dhabi, révèle une réalité plus large : la santé des dirigeants reste, dans de nombreux régimes, un secret d’État, protégé au nom de la stabilité politique.

Aujourd’hui, rien ne permet d’affirmer officiellement que Mohammed ben Zayed est gravement malade. Mais la séquence médiatique – fuite, effacement, silence – montre combien la question du pouvoir aux Émirats dépasse le cadre national pour devenir un enjeu régional, observé avec attention par les chancelleries et les marchés, et suivi avec perplexité par l’opinion publique arabe.

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