vendredi, février 13, 2026
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Le soutien gouvernemental entre discours et mise en œuvre : l’histoire se répète-t-elle après Al Haouz ?

Dans un moment où l’État marocain semble une nouvelle fois mis à l’épreuve face à sa capacité de gestion des catastrophes naturelles, le gouvernement a annoncé le lancement officiel d’un programme de soutien et d’accompagnement des populations sinistrées par les inondations qui ont frappé le nord et l’ouest du Royaume, sous l’impulsion directe de Mohammed VI. En apparence, le discours est rassurant : 6 000 dirhams par famille touchée, 15 000 dirhams pour la réhabilitation des logements et petits commerces endommagés, et jusqu’à 140 000 dirhams pour la reconstruction des maisons totalement effondrées. Mais derrière cette rhétorique administrative se cachent des interrogations profondes sur le sens réel de l’aide publique et sa capacité à répondre aux attentes sociales.

Le programme, tel que présenté par la Primature, repose sur un « diagnostic précis de la situation sur le terrain » et promet un déploiement fluide grâce à des procédures simplifiées, notamment l’envoi d’un simple SMS par les chefs de ménage concernés. Sur le papier, le dispositif paraît moderne et efficace. Dans la réalité marocaine, marquée par des inégalités d’accès au numérique et une administration souvent lente, ce schéma théorique risque de se heurter aux mêmes obstacles que lors des précédentes opérations d’assistance.

La comparaison avec l’expérience de Al Haouz, après le séisme de 2023, s’impose presque naturellement. À l’époque, des montants similaires avaient été annoncés et l’on promettait une reconstruction rapide. Pourtant, de nombreuses familles avaient dénoncé des retards, des exclusions injustifiées et un manque de clarté dans les critères d’éligibilité. Cette mémoire récente pèse aujourd’hui lourdement sur la crédibilité de la nouvelle initiative et nourrit une forme de scepticisme collectif.

Au-delà des chiffres, la question centrale reste celle de la suffisance réelle de l’aide. Peut-on raisonnablement estimer que 6 000 dirhams compensent la perte d’un foyer sinistré, la destruction de biens essentiels ou l’arrêt brutal de toute activité économique ? Et comment imaginer qu’un budget de 140 000 dirhams permette de reconstruire un logement décent dans un contexte de flambée des coûts de construction ? Les montants annoncés apparaissent davantage comme un palliatif d’urgence que comme une solution structurelle.

Sur le plan agricole, le gouvernement évoque un accompagnement des agriculteurs via des programmes de cultures printanières et un soutien aux éleveurs. Là encore, le discours met en avant l’action immédiate mais élude une question de fond : sans infrastructures solides, sans routes praticables ni réseaux d’irrigation réparés, ces mesures risquent de rester symboliques. Elles traitent les conséquences visibles sans s’attaquer aux causes profondes de la vulnérabilité rurale.

Politiquement, cette initiative s’inscrit dans une logique de communication visant à renforcer l’image d’un État protecteur et réactif. Mais cette mise en scène institutionnelle se heurte à une réalité sociale plus complexe : une gouvernance locale fragile, des moyens budgétaires limités et une population de plus en plus exigeante en matière de transparence et de reddition des comptes.

La différence entre le programme actuel et celui d’Al Haouz ne réside donc pas tant dans la nature de la catastrophe que dans la capacité de l’État à tirer les leçons du passé. Si les mêmes lenteurs, les mêmes ambiguïtés et les mêmes dysfonctionnements persistent, l’initiative risque de reproduire un scénario déjà connu : une annonce spectaculaire, suivie d’un impact réel limité sur la vie quotidienne des sinistrés.

En définitive, l’enjeu ne se situe pas dans la proclamation de l’aide, mais dans sa traduction concrète. Entre les communiqués officiels et la réalité des villages inondés, un fossé demeure. Seule une mise en œuvre rigoureuse, fondée sur la transparence, le suivi de terrain et la responsabilisation des acteurs publics, pourra transformer ces promesses financières en véritable levier de reconstruction sociale et économique.

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