Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a mis en lumière mercredi au Parlement espagnol ce qu’il a qualifié d’« hypocrisie » du Parti populaire (PP) sur la question du Sahara. Selon lui, le parti exprime publiquement son refus du soutien de Madrid à l’autonomie proposée par le Maroc, tout en envoyant en coulisses des délégations secrètes à Rabat pour appuyer cette même initiative.
Une confrontation vive au Parlement
Lors d’un débat parlementaire tendu avec les députés du PP, Albares n’a pas hésité à qualifier leur comportement de « duplice et absurde », soulignant que les actions du parti ne font que nuire à l’image de l’Espagne à l’international. Il a également accusé le PP de chercher à « sabotager la diplomatie espagnole » sur plusieurs dossiers, dont les fonds européens, la reconnaissance des langues officielles et même le traité d’amitié avec la France, tout en diffusant des « rumeurs » sur une possible interruption des approvisionnements en gaz par l’Algérie.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères dénonce l’hypocrisie du Parti populaire : des envoyés secrets au Maroc pic.twitter.com/nP8zFAgKQQ
— Diplomatique.ma الدبلوماسية (@diplomatique_ma) February 13, 2026
Cette session parlementaire, qui a tourné à un échange d’accusations directes, a mis en exergue l’argument central d’Albares : la double posture du PP ternit l’image extérieure de l’Espagne.
Le contexte marocain : les efforts de Nizar Baraka
Du côté marocain, Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal et ministre de l’Équipement et de l’Eau, a joué un rôle clé en incitant le PP à soutenir le projet d’autonomie marocain. Au cours des derniers mois, il a mené une série d’initiatives diplomatiques visant à aligner l’opposition espagnole sur la position officielle du gouvernement de Pedro Sánchez, qui soutient l’initiative depuis mars 2022.
Selon Europa Press, Baraka a insisté sur le fait que la question du Sahara doit être abordée « d’un point de vue stratégique, loin des considérations partisanes », ajoutant que le soutien au Maroc ne servirait pas seulement les intérêts bilatéraux, mais contribuerait également à la stabilité régionale, à la lutte contre l’immigration irrégulière et au renforcement de la coopération économique entre Rabat et Madrid.
Messages croisés et résultats mitigés
Malgré ces efforts, les tensions persistent. Le PP justifie sa réserve par l’absence de « justifications suffisantes » fournies par le gouvernement espagnol pour modifier sa position historique sur le conflit, notamment après la participation d’un représentant du Front Polisario à une conférence du parti. En revanche, Baraka reste confiant que « ses amis » au sein du PP feront à terme un pas positif en faveur de l’autonomie marocaine, rappelant que le PP espagnol est affilié au Parti populaire européen, dont la majorité soutient la position marocaine sur l’intégrité territoriale.
Analyse : entre diplomatie secrète et politique partisane
Cette confrontation illustre un phénomène politique plus large : la divergence entre le discours public et les actions en coulisses. Tandis que le PP tente de maintenir une image de parti d’opposition solide, ses contacts secrets avec Rabat révèlent une tentative d’équilibrer intérêts partisans et stratégie européenne.
Pour sa part, le Maroc suit attentivement ces évolutions et mise sur une diplomatie européenne flexible, garantissant le soutien d’opposants tout en évitant l’escalade, démontrant que les solutions réalistes sur le terrain peuvent s’aligner avec des visions stratégiques transfrontalières.
Conclusion
Entre déclarations publiques et négociations secrètes, le Maroc apparaît comme un acteur déterminé, capable de tirer parti des complexités politiques espagnoles pour consolider l’autonomie comme solution pragmatique au conflit du Sahara, tout en préservant des relations bilatérales stables et stratégiques.



