Au milieu des crises qui frappent le pays, des inondations catastrophiques aux pressions économiques et sociales, Mohammed VI affirme que la réponse ne consiste pas seulement à gérer l’urgence, mais à la transformer en opportunité. L’inauguration de l’usine de trains d’atterrissage à Nouaceur, en partenariat avec Safran, n’est pas qu’un événement industriel : c’est un signal clair. Le Maroc consolide sa position mondiale dans l’industrie de précision, crée des emplois et attire des devises, transformant les défis locaux en moteur de développement durable.

Apparemment, ce projet renforce la position du Maroc dans l’industrie aéronautique mondiale, en intégrant des maillons de haute précision : fabrication fine, tests, certification et maintenance avancée. Mais sous cette surface, se révèle un modèle de développement où l’industrie lourde et la technologie sont des leviers de souveraineté, pas seulement des activités économiques. Le choix de Nouaceur, au sein de la plateforme « MedPark », est donc une décision réfléchie, faisant de ce pôle industriel un centre de puissance économique capable de réduire le chômage qualifié, de créer un réseau de fournisseurs locaux et de diminuer la dépendance technologique.
Le fait que l’usine soit dédiée à l’Airbus A320, l’un des avions les plus demandés au monde, montre que le Maroc n’entre pas sur le marché en marge, mais se place au cœur de la demande mondiale croissante, garantissant une intégration dans la dynamique de production internationale. Les chiffres annoncés (investissement de 280 millions d’euros, 500 emplois directs, énergie 100 % propre) deviennent ainsi des indicateurs de la transition du Maroc : d’une simple logique « d’attraction d’investissement » à une logique de « négociation stratégique au sein de la chaîne mondiale de valeur ».
Politiquement, ce projet illustre ce que l’on pourrait appeler « l’économie royale stratégique » : une économie proactive qui ne se limite pas à répondre aux besoins immédiats, mais construit des structures productives capables de financer à terme la politique sociale. Dans ce cadre, les activités royales, malgré la sévérité du contexte climatique et humain, représentent une réorganisation des priorités : gérer l’urgence tout en poursuivant le développement.
Symboliquement, la déclaration des responsables de Safran selon laquelle ils « ne produisent pas au Maroc mais avec le Maroc » est lourde de sens : le pays passe d’une plateforme à faible coût à un partenaire industriel fiable, doté de compétences humaines reconnues internationalement et participant à la conception même du modèle industriel. L’usine devient ainsi plus qu’une unité de production : elle incarne le passage du Maroc de consommateur de technologie à producteur, et d’acteur secondaire dans la mondialisation à partenaire stratégique.
En conclusion, cet événement ne peut être lu qu’à travers un contexte plus large : une monarchie qui considère l’investissement industriel comme une « politique publique non déclarée », et la création de richesse productive comme une condition préalable à toute justice sociale. Le message intérieur est clair : l’État ne se limite pas à compenser les pertes, il construit de nouvelles sources de puissance économique. Et le message extérieur : le Maroc n’est pas seulement un lieu d’assemblage ou de consommation, mais un espace de partenariat industriel stratégique.



