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« Discours poli, message implicite : la continuité d’Akhannouch sous Chouki »

L’émission « Avec Ramdani » du mercredi 11 février 2026 n’a pas été un simple passage médiatique du nouveau président du Rassemblement National des Indépendants (RNI). Elle a plutôt pris la forme d’un moment d’aveu politique collectif, où le successeur d’Aziz Akhannouch est venu dire, presque sans détour, ce que beaucoup soupçonnaient déjà : le parti n’a pas changé de nature, il a seulement changé de visage.

Dès les premières minutes, Mohamed Chouki ne parlait pas en son nom propre, mais dans la continuité directe de son prédécesseur. Même vocabulaire, mêmes slogans, même lexique managérial : gouvernance, organisation, proximité avec le citoyen, écoute, mobilisation des énergies, dynamisme, continuité. Un discours lisse, parfaitement calibré, mais vide de toute rupture réelle avec la phase Akhannouch.
Le message central était limpide : Aziz Akhannouch a quitté la présidence, mais il n’a ni quitté le parti, ni quitté le projet, ni quitté l’architecture mentale qui le dirige.

« Ramdani, in his controversial professional approach, » a tenté de fissurer cette narration douce. Il a posé la question que tout le champ politique se pose : pourquoi ce départ soudain ? Pourquoi un congrès extraordinaire ? Pourquoi un candidat unique ? Et surtout, pourquoi cette transition sans conflit, presque trop parfaite pour être politique ?

La réponse de Chouki fut classique : respect des statuts, respect de l’alternance, maturité démocratique, transition calme et responsable. Mais ce plaidoyer, loin de dissiper les doutes, les a renforcés. Car derrière le discours institutionnel, Chouki reconnaissait lui-même l’étonnement interne, la multiplication des interprétations et le fait que la version officielle n’avait convaincu ni l’opinion ni les observateurs.

Plus révélateur encore fut ce qui n’a pas été dit. Aucune analyse du contexte national. Aucun mot sur l’usure de l’image du parti. Aucun regard sur la crise sociale, la colère silencieuse, l’échec de plusieurs promesses majeures. Comme si la décision d’Akhannouch était purement morale, détachée de toute pression politique ou sociale.

La question du candidat unique, au cœur de la polémique, a été neutralisée par le mot magique : « consensus ». Chouki affirme que les portes étaient ouvertes, que des figures importantes envisageaient la candidature, mais qu’elles ont finalement convergé vers lui. Une explication qui, paradoxalement, pose plus de questions qu’elle n’en résout :
si le consensus est réel, pourquoi éviter la compétition ?
et si la démocratie interne est si solide, pourquoi craindre la pluralité ?

Progressivement, une évidence s’imposait : Mohamed Chouki est un président par délégation plus que par rupture. Délégation de l’ancien leadership, délégation des mêmes cercles d’influence, délégation d’un même système de pouvoir qui se reproduit sous une autre façade.

Lorsqu’il affirme qu’il continuera dans la même méthode, le même esprit, la même vision de gouvernance, il ne fait que confirmer ce que l’émission révèle implicitement : le RNI n’entre pas dans une nouvelle phase, il entre dans une phase de continuité relookée.

Même le discours sur la jeunesse, l’innovation et l’« utopie des nouvelles générations » sonne comme un aveu involontaire : le parti est en décalage avec la société réelle, et tente de rattraper le langage du présent sans transformer ses mécanismes profonds.

Quant à la relation entre la présidence du parti et celle du gouvernement, Chouki la résume par une formule : « il n’y a pas de lien mécanique ». Une phrase élégante, mais largement théorique, tant chacun sait qu’Akhannouch demeure, même sans titre partisan, le véritable centre de gravité politique, financier et symbolique du dispositif.

Au final, l’émission débouche sur une conclusion limpide :
Mohamed Chouki n’est pas l’après-Akhannouch, il en est la version adoucie, rajeunie et communicante.
Le RNI ne vit pas une transition démocratique, mais une réorganisation interne visant à préserver l’équilibre, éviter les secousses et sécuriser la continuité du pouvoir.

Ce que Chouki a livré sur le plateau de « Avec Ramdani » n’était pas un programme politique, mais un message de rassurance :
rassurer les militants que rien ne changera,
rassurer l’ancienne direction que son influence demeure intacte,
rassurer l’opinion que le parti est stable, malgré le changement de façade.

Mais derrière cette rassurance persiste la vraie question, celle que l’émission n’a fait qu’esquiver :
le simple changement d’homme suffit-il à convaincre une société qui attend un changement de politiques ?
et un « Akhannouch en version Chouki » peut-il vraiment affronter les mêmes crises avec les mêmes outils ?

Une seule émission aura suffi pour que le successeur dise presque tout…
sauf l’essentiel : qu’est-ce qui va réellement changer dans la vie des Marocains, et pas seulement dans l’organigramme du parti ?

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