vendredi, février 13, 2026
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Crise des sardines pendant le Ramadan : initiatives gouvernementales vs réalité économique

Au Maroc, où se rencontrent l’Atlantique et la Méditerranée, les ressources halieutiques devraient constituer l’un des piliers de l’alimentation et du pouvoir d’achat des citoyens. Pourtant, la réalité que vivent de nombreuses familles marocaines, surtout à revenu modeste, raconte une histoire inverse : le « poisson du pauvre », le sardine, n’est plus à la portée de tous. Aujourd’hui, la question du poisson au Maroc dépasse le simple fait divers ; elle reflète une problématique complexe, mêlant aspects économiques, environnementaux, organisationnels et sociaux, qui exige une lecture analytique allant au-delà des communiqués officiels.

Le sardine sur les marchés : du produit populaire au luxe inaccessible

Le sardine a longtemps été un choix de base dans la table marocaine, grâce à son prix abordable et sa valeur nutritionnelle, ce qui lui a valu le surnom de « poisson du pauvre ». Cependant, ces dernières années, les prix ont grimpé de manière spectaculaire, atteignant dans certaines régions 25 à 30 dirhams le kilo, provoquant la frustration des citoyens confrontés à un produit désormais hors de portée dans un contexte économique difficile.

L’analyse de cette flambée révèle que le problème ne réside pas uniquement dans la rareté de l’offre ou l’augmentation de la demande, mais également dans un réseau intermédiaire complexe, où les intermédiaires et commerçants majorent le prix à chaque étape avant l’arrivée du poisson sur les étals, rendant le sardine bien plus cher que son coût initial au port.

Les causes de la crise : entre nature et intervention humaine

Les données indiquent que la crise actuelle du marché du sardine au Maroc n’est pas récente. Elle reflète un déclin notable de cette ressource au cours des dernières années. Le volume de pêche autorisé a diminué, ce qui a mis sous pression tout le secteur, y compris les conserveries, contraintes de réduire fortement leur activité à certaines périodes.

Les experts citent plusieurs facteurs : les changements climatiques qui poussent le sardine vers des eaux plus froides, l’augmentation du coût des sorties de pêche, les périodes de repos biologique imposées pour protéger le stock, et les effets de la surpêche passée.

Réponses gouvernementales : initiatives et mesures temporaires

Pour atténuer la crise et répondre au mécontentement des citoyens, la Secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime a lancé l’initiative « Poisson à prix raisonnable », visant à élargir l’offre de poissons sur les marchés et à fournir de grandes quantités de poissons congelés à prix compétitifs. Cette année, pour la première fois, le sardine et l’anchois congelés ont été inclus dans l’offre nationale, couvrant l’ensemble des régions du royaume. L’objectif déclaré est de renforcer le pouvoir d’achat des citoyens, en particulier pendant le mois de Ramadan.

Parallèlement, le gouvernement a décidé d’interdire l’exportation de sardines congelées à partir de février 2026, afin de renforcer l’approvisionnement interne et de lutter contre la hausse des prix, tout en promettant un suivi quotidien des prix et la lutte contre les pratiques illégales dans les circuits de commercialisation.

Entre initiative et réalité : est-ce suffisant ?

Malgré ces mesures, de nombreux observateurs estiment que les actions gouvernementales ne s’attaquent pas aux causes structurelles de la crise. Restreindre l’exportation ou proposer la vente de poissons à prix réduit peut soulager temporairement les tensions, mais ne résout pas les problèmes de fond : baisse de la production, inefficacité de la chaîne de distribution, ou besoin d’une restructuration du marché de la pêche garantissant un équilibre entre protection des ressources et intérêt des consommateurs.

Au final, la grande question demeure : comment un pays comme le Maroc, doté de longues côtes et de vastes ressources maritimes, peut-il voir le sardine – symbole de simplicité et de subsistance – devenir un produit hors de portée des plus modestes ? La solution réside-t-elle dans davantage de régulation, dans la réforme complète de la chaîne de distribution, ou dans une politique publique qui assure un juste équilibre ? Autant de questions nécessitant des réponses qui dépassent les slogans et s’attaquent aux structures économiques et sociales de manière durable.

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