vendredi, février 13, 2026
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Baytas annonce un système de soutien “intégré”, mais la réalité reste contrastée

Lors de son allocution hebdomadaire, Mustafa Baytas s’est voulu rassurant, présentant le dispositif de soutien social au Maroc comme « intégré », soulignant que les aides parviennent effectivement à leurs bénéficiaires et que l’État a mobilisé des moyens financiers considérables pour assurer la pérennité de ce chantier. Des chiffres impressionnants, un langage officiel rassurant, et un message politique clair : le gouvernement fait son travail, et l’administration fonctionne dans la bonne direction. Mais derrière ce discours calibré, une question demeure dans l’esprit de milliers de familles : ce qui est proclamé sur les plateformes officielles correspond-il réellement à ce qui se vit dans les foyers fragiles ?

Sur le plan formel, le tableau semble cohérent : 53 milliards de dirhams depuis fin 2023, un soutien allant de 500 à 1200 dirhams selon la composition familiale, des allocations scolaires, un appui aux veuves et aux personnes en situation de handicap, et une extension du nombre de bénéficiaires. Un discours structuré, reposant sur les chiffres et les statistiques pour donner un sentiment de sérieux et d’efficacité. Pourtant, la logique des chiffres ne suffit pas à elle seule à mesurer l’impact social, car la valeur réelle de toute politique publique se mesure moins à son budget qu’à l’effet tangible qu’elle produit dans la vie des citoyens.

Dans le quotidien social, des réalités différentes émergent. Certaines familles affirment s’être inscrites sans jamais recevoir d’aide, d’autres reçoivent un soutien qui ne couvre même pas le minimum pour vivre dans un contexte de hausse des prix, et certaines encore sont exclues pour des critères techniques incompréhensibles. Ici apparaît la contradiction silencieuse entre le discours de la « système intégré » et une réalité encore perçue par beaucoup comme « sélective », basée sur des algorithmes et critères numériques plus que sur la connaissance de terrain des situations sociales.

Le minimum de soutien, selon Baytas, est de 500 dirhams. Mais détaché du contexte économique général, ce chiffre paraît surtout symbolique. À une époque où les prix des biens de première nécessité, de l’électricité, du transport et du logement flambent, la question devient simple et douloureuse : que peuvent faire 500 dirhams pour une famille de cinq personnes ? Même le plafond de 1200 dirhams, présenté comme un accomplissement, reste dans de nombreux cas un palliatif temporaire, incapable de transformer véritablement les conditions de précarité.

Quant au chantier de la protection sociale, il est présenté comme un succès majeur : la transition du système « RAMED » vers « AMO Solidarité », l’inscription de millions de bénéficiaires et l’élargissement de la couverture médicale. Mais cette transition, malgré son importance symbolique et institutionnelle, n’est pas sans paradoxes. Le nombre de bénéficiaires d’« AMO Solidarité » ayant atteint son maximum signifie en pratique que le système a absorbé les anciennes catégories, sans garantir nécessairement la qualité des services de santé. Beaucoup de bénéficiaires se plaignent de difficultés d’accès aux soins, de lenteur des procédures et de surcharge des hôpitaux, ce qui rend la couverture sanitaire parfois plus théorique que réelle.

La restructuration de la Caisse nationale de sécurité sociale, l’ouverture de nouvelles agences et de centres de communication fait partie, elle aussi, du discours de modernisation de l’administration. Mais l’expérience quotidienne du citoyen reste souvent laborieuse : dossiers en attente, plateformes numériques complexes, rendez-vous reportés et sentiment général que le système fonctionne selon une logique technique qui ne prend pas en compte la vulnérabilité des bénéficiaires.

En profondeur, le discours de Baytas peut être lu comme une tentative de construire une narration officielle : l’État est présent, les budgets sont alloués, les réformes se poursuivent. Une narration politiquement nécessaire, mais qui se heurte à une autre narration non écrite, vécue dans le quotidien des citoyens, dans les files d’attente administratives et sur les réseaux sociaux. Une narration qui dit que l’aide existe en théorie, mais qu’elle est insuffisante financièrement, parfois inéquitable dans sa distribution et dépourvue d’humanité dans ses mécanismes de gestion.

Le constat : un discours gouvernemental rassurant en apparence, et en filigrane un déficit croissant de confiance entre l’État et les populations vulnérables. Un déficit que les chiffres seuls ne peuvent combler, mais qu’il faut envisager en repensant la philosophie même de l’aide : s’agit-il de simples transferts financiers ponctuels, ou bien d’une politique sociale globale qui redonne dignité et autonomie économique aux citoyens, au-delà de la survie temporaire ?

Au final, la question centrale n’est pas : combien le gouvernement a-t-il dépensé ? Mais : la vie des plus fragiles a-t-elle réellement changé ? Les bénéficiaires se sentent-ils partenaires d’un chantier social, ou simplement des chiffres dans des communiqués officiels ? C’est ici que se joue la différence entre un système « intégré » sur le papier et un système juste et efficace dans la réalité.

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