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163 routes endommagées : les pluies révèlent la fragilité des infrastructures

Quand les routes s’effondrent comme les maisons : le Nord du Maroc face à l’épreuve des infrastructures climatiques

Les précipitations qui ont frappé le nord du Maroc ces dernières semaines ne sont plus un simple phénomène saisonnier, mais un révélateur de la fragilité profonde du réseau routier et des infrastructures. L’impact ne se limite pas aux inondations qui emportent habitations et champs, il atteint les artères vitales de la mobilité et de l’économie : les routes.

Selon les données officielles de la Direction régionale de l’Équipement et du Transport de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, 163 routes ont subi des glissements de terrain et des dommages en raison des fortes pluies, réparties entre routes nationales, régionales et provinciales. Ce chiffre, lourd de sens, ne traduit pas seulement l’ampleur des dégâts techniques, il illustre concrètement comment un événement climatique peut paralyser une région entière et isoler villes et villages de leur environnement vital.

En apparence, les autorités gèrent la situation avec une logique d’« intervention rapide » : engins de chantier sur le terrain, équipes techniques pour rouvrir les voies, coordination avec les autorités locales. Mais ce qui n’apparaît pas dans les communiqués officiels, c’est que huit routes restent complètement fermées, dont deux nationales, deux régionales et quatre provinciales. Des zones entières vivent donc pratiquement en situation de quasi-siège géographique, où chaque déplacement devient une aventure périlleuse.

Le district de Tanger, cœur économique de la région, a enregistré à lui seul vingt points de glissement, dont la plus grave sur la route nationale 16, complètement interrompue. Un paradoxe cruel : une façade méditerranéenne stratégique du Maroc paralysée sur l’une de ses voies principales par des crues exceptionnelles. À Tétouan, la situation est encore plus délicate sur la route provinciale 4702 reliant Tétouan à Larache, coupée suite à un éboulement, comme si la géographie elle-même décidait de se rebeller.

Larache n’a pas été épargnée, avec la fermeture de la route nationale 1 et des routes provinciales 4706 et 4405, tandis que 17 autres routes ont subi des dommages variables. À Chefchaouen, connue pour sa topographie montagneuse fragile, la route régionale 410 a été complètement fermée, et 49 autres ont été partiellement affectées. Quant à Al Hoceima, elle a connu 33 points de glissement sans fermeture totale, grâce à des interventions rapides sur le terrain qui ont empêché l’aggravation de la situation.

L’aspect le plus inquiétant reste ce qui échappe aux statistiques officielles : de nombreuses routes non classées, appartenant aux ministères de l’Intérieur, de l’Agriculture et aux collectivités territoriales, ont été gravement endommagées sans que des données précises sur l’ampleur des dégâts ne soient disponibles, dans l’attente de la décrue et de l’arrêt des pluies. Ce constat révèle un visage sombre de la crise : une part importante du territoire rural marocain vit en dehors du radar de la planification, et des voies essentielles à la vie quotidienne échappent aux priorités officielles.

En profondeur, ces effondrements ne sont pas seulement le résultat direct des fortes pluies, mais le reflet d’un long cumul de politiques de maintenance limitées et d’infrastructures conçues pour un climat qui n’existe plus. Le réseau routier du nord, comme dans d’autres régions du pays, a été construit sur l’hypothèse d’un « climat relativement stable », alors que la réalité climatique impose aujourd’hui une intensité plus grande, des précipitations concentrées sur de courtes périodes et des éboulements répétés.

Ici se rejoint le dossier des routes et celui des inondations survenues dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane : même nature en colère, même État contraint d’intervenir après le désastre plutôt que de le prévenir. Des milliers de familles évacuées de leurs maisons, des centaines de routes coupées, mais la question centrale reste suspendue : combien de temps la gestion publique continuera-t-elle à dépendre de la logique de « réparation après effondrement » au lieu d’investir dans la prévention, la maintenance et l’anticipation ?

Ce qui se passe aujourd’hui dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima n’est pas seulement une crise routière, mais un avertissement précoce pour l’avenir : les infrastructures seront les premières victimes du changement climatique. Quand les routes s’effondrent, ce n’est pas seulement la circulation qui s’arrête, mais aussi l’école, l’hôpital, le marché et toute la chaîne d’approvisionnement alimentaire. C’est un moment révélateur, qui met l’État et la société devant un choix crucial : continuer à rafistoler les ponts après chaque inondation, ou passer à une politique d’infrastructures intelligentes, conçues en fonction des risques et non des moyennes passées. Entre ces deux options se joue l’avenir de la sécurité territoriale au Maroc pour les décennies à venir.

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