Selon les chiffres du ministère de l’Économie et des Finances, la situation budgétaire du Royaume semble rassurante : un déficit limité à 3,5 % du PIB pour 2025, une légère amélioration par rapport à 2024, et des recettes dépassant les prévisions. Mais derrière ces pourcentages “maîtrisés” se cache une réalité moins optimiste : un déficit réel de 60,5 milliards de dirhams, révélateur de la persistance de l’État à emprunter pour couvrir ses dépenses, et de la faiblesse de ses ressources propres.
Le ministère met en avant une baisse du ratio d’endettement à 67,2 % du PIB, chiffre qui semble acceptable selon les normes internationales. Pourtant, cette proportion ne dit pas tout : le service de la dette absorbe une part croissante du budget. Avec une augmentation annuelle des intérêts de plus de 22 %, une grande partie des fonds publics est consacrée au remboursement de la dette plutôt qu’à l’investissement productif ou à l’amélioration du niveau de vie des citoyens.
Les recettes, qui dépassent 424 milliards de dirhams, affichent une hausse annuelle de 14,2 %. Cependant, cette progression résulte essentiellement d’une pression fiscale accrue sur les mêmes contribuables déjà engagés, plutôt que d’un véritable élargissement de la base productive ou d’une intégration effective du secteur informel. L’État perçoit plus, mais ne crée pas nécessairement plus de richesse.
Côté dépenses, malgré le discours officiel sur la maîtrise budgétaire, les charges ordinaires ont atteint 348,7 milliards de dirhams, sous l’effet de la hausse des coûts des biens et services et des intérêts de la dette, tandis que les dépenses de compensation ont diminué de 30 %. La facture sociale est donc supportée directement par les citoyens, tandis que l’excédent ordinaire, supérieur à 75,5 milliards de dirhams, reste avant tout un excédent comptable, non une amélioration économique tangible.
L’investissement public, qui s’élève à 125,3 milliards de dirhams, connaît également une hausse par rapport à 2024. Toutefois, des interrogations persistent quant à son efficacité réelle : crée-t-il suffisamment d’emplois durables ? Génère-t-il une valeur ajoutée tangible pour l’économie nationale ? Ou se limite-t-il à des projets de grande envergure dont l’impact concret reste peu perceptible pour le citoyen ?
En définitive, le déficit faible sur le papier offre une image rassurante, mais pose une question centrale : qui finance réellement la facture de 60,5 milliards de dirhams de dette ? Et peut-on parler de maîtrise budgétaire lorsque l’équilibre repose sur l’endettement permanent et la pression fiscale accrue, au détriment de la protection sociale et du pouvoir d’achat des citoyens ? La réalité montre que les chiffres peuvent s’améliorer, tandis que le quotidien du citoyen se durcit.



