Au cœur du Rassemblement National des Indépendants (RNI), pilier de la majorité gouvernementale marocaine, une onde de choc parcourt les structures internes du parti à mesure que s’ouvre la bataille feutrée de l’après-Akhannouch. L’annonce du président sortant, Aziz Akhannouch, de ne pas briguer un troisième mandat, conformément aux statuts du parti et au principe d’alternance interne, a déclenché une séquence politique aussi décisive que sensible.
Le congrès extraordinaire prévu le 7 février prochain à El Jadida doit désigner celui qui héritera d’un parti façonné pendant près d’une décennie par Akhannouch, depuis son accession à la présidence du RNI en 2016 et sa reconduction en 2022. Officiellement, la machine partisane s’est mise en ordre de marche : ouverture des candidatures, comité préparatoire, procédures réglementaires. Mais dans les coulisses, la succession est loin d’être un simple exercice démocratique routinier.
Selon des sources internes, la diffusion du nom de Yasser Znagui, homme d’affaires et ancien ministre du Tourisme sous le gouvernement Abbas El Fassi, comme potentiel successeur d’Akhannouch, a provoqué une vive crispation au sein de l’appareil dirigeant. Mohamed Oujjar, membre du bureau politique du RNI, aurait exprimé une colère manifeste face à ce qu’il perçoit comme une tentative de pré-formatage de la succession.
Toujours selon ces mêmes sources, Oujjar aurait multiplié les contacts avec plusieurs membres du bureau politique pour soulever ce qu’il décrit comme des “blocages juridiques et organisationnels” susceptibles d’entraver la candidature de Znagui. Derrière cet argumentaire technique se dessine une bataille politique bien plus profonde : celle de la légitimité pour incarner la prochaine phase du parti.
Dans des cercles restreints, Mohamed Oujjar ne cache plus sa conviction d’être “l’homme de la prochaine étape”, mettant en avant son expérience politique, sa connaissance des rouages de l’État et son ancrage au sein du RNI. Mais cette dynamique a, selon un proche du dossier, été brutalement ralentie par une “conversation téléphonique ferme”, interprétée comme un signal clair pour contenir ses ambitions. Une intervention qui aurait provoqué des remous internes et révélé l’existence de lignes rouges que certains n’avaient pas anticipées.
Ces développements montrent que la question de la succession d’Akhannouch dépasse largement le cadre des statuts et des congrès. Elle cristallise un rapport de forces entre différents pôles d’influence au sein du parti, entre ceux qui plaident pour une transition maîtrisée et consensuelle, et ceux qui cherchent à profiter de la phase d’incertitude pour redéployer leur poids politique.
À ce stade, le RNI se trouve face à une épreuve de maturité politique : saura-t-il organiser une passation de pouvoir fluide, capable de préserver son unité et sa crédibilité, ou glissera-t-il vers une logique de luttes internes qui affaiblirait son positionnement dans une phase politique déjà délicate pour le pays ?
Dans l’attente de l’issue du congrès, une chose est certaine : la bataille pour l’après-Akhannouch est déjà engagée, et elle révèle un parti traversé par des tensions bien plus profondes que ne le laissent paraître ses communiqués officiels.



