mercredi, janvier 28, 2026
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D’un siège à la FIFA à une tentative de crise entre deux États

Comment un échec électoral au sein de la CAF s’est transformé en offensive politique contre le Maroc

Le conflit entre la Fédération sénégalaise de football et le Maroc ne relève plus d’un simple différend sportif né de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations à Rabat. Il s’est progressivement mué en une confrontation politique déguisée, où le football sert de paravent à une lutte bien plus profonde pour l’influence, le pouvoir et la revanche au sein des structures du football africain et mondial. Alors que la CAF s’apprête à statuer sur les sanctions contre le Sénégal après les incidents graves de la finale, le président de la Fédération sénégalaise, Abdoulaye Fall, a choisi de déplacer le centre de gravité du dossier en accusant directement le Maroc de manipuler les décisions de l’instance continentale.

En apparence, il s’agit de défendre une sélection nationale menacée de sanctions. En réalité, cette stratégie traduit une volonté de transformer une affaire disciplinaire en crise politique, en opposant deux États plutôt que deux institutions sportives. Le retrait de l’équipe sénégalaise du terrain pendant quatorze minutes, les violences dans les tribunes et le comportement de certains joueurs et membres du staff ont placé Dakar sous la surveillance étroite de la CAF et de la FIFA. Mais au lieu de s’en tenir à une défense juridique, Abdoulaye Fall a préféré internationaliser le conflit, insinuant que Rabat serait le véritable architecte des décisions qui pèsent sur le Sénégal.

Cette dérive ne peut être comprise sans revenir à mars 2025, lorsque les élections de la CAF ont redessiné les équilibres du pouvoir au sein de la FIFA. À cette occasion, Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine, a consolidé sa position au sommet du football mondial, tandis que le Sénégalais Augustin Senghor, alors président de la Fédération sénégalaise, échouait à décrocher un siège au comité exécutif de la FIFA. Pour Senghor, cette défaite n’était pas seulement électorale : elle était politique, symbolique et profondément humiliante.

L’Assemblée générale du Caire avait consacré une nouvelle configuration du pouvoir : aux côtés de Patrice Motsepe, président de la CAF et vice-président de la FIFA, cinq membres furent élus au comité exécutif de la FIFA – le Marocain Lekjaa, le Mauritanien Ahmed Ould Yahya, l’Égyptien Hany Abou Rida, le Djiboutien Souleiman Waberi et la Comorienne Kanizat Ibrahim. Tous issus de pays du monde arabe, laissant Senghor hors du cercle décisionnel. C’est là qu’est née sa rhétorique de la « conspiration arabe », dont Lekjaa devint la cible privilégiée.

La chute de Senghor, battu quelques mois plus tard lors des élections de la Fédération sénégalaise, n’a fait qu’alimenter cette logique de revanche. Abdoulaye Fall, élu dans un scrutin contesté et marqué par des accusations de corruption, a hérité de cette hostilité envers Lekjaa et du sentiment que le Maroc contrôlerait les rouages de la CAF. La CAN 2025 organisée au Maroc lui a offert une tribune idéale pour transformer un contentieux sportif en combat politique.

Pourtant, les faits juridiques sont clairs : le dossier est entre les mains de la commission de discipline de la CAF, qui ne compte aucun membre marocain et agit sous la supervision directe de la FIFA. Les autorités sénégalaises elles-mêmes ont veillé à préserver leurs relations avec Rabat, ce qui rend la rhétorique belliqueuse de Fall d’autant plus isolée.

La réaction du président de la FIFA, Gianni Infantino, présent au stade, a renforcé cette dimension institutionnelle. Il a condamné sans ambiguïté le comportement de certains joueurs et membres du staff sénégalais, rappelant que quitter le terrain et recourir à la violence sont des actes inacceptables qui appellent des sanctions. Dans ce contexte, la tentative de politisation du dossier apparaît comme une fuite en avant destinée à brouiller un processus disciplinaire qui s’annonce lourd de conséquences.

Au final, ce qui se joue dépasse largement une finale perdue. Il s’agit d’un conflit de pouvoir au sommet du football africain, où certains acteurs, battus dans les urnes, cherchent à déplacer la bataille vers le terrain diplomatique. Et dans cette manœuvre, le Maroc, qui a misé sur la légalité et les institutions, se retrouve injustement pris pour cible d’une revanche personnelle travestie en querelle d’États.

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