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Davos vu par le journaliste : Mohamed El Bakkari au cœur de l’événement

Dans le monde du journalisme, rares sont ceux capables de transmettre l’atmosphère psychologique et politique d’un lieu sans tomber dans le piège des données officielles ou de la répétition froide des événements.

C’est là que se distingue le journaliste Mohamed El Bakkari, correspondant de la chaîne Al Jazeera à Paris et créateur de programmes de formation journalistique de haut niveau. Dans un tweet publié sur sa page officielle Facebook (lien du tweet), il offre un aperçu révélateur de ce qui se cache derrière les lumières du Forum de Davos, où se meuvent le pouvoir, l’argent et la décision mondiale.

Ce qui distingue le tweet d’El Bakkari, ce n’est pas la présentation de chiffres ou de données, mais la capacité à replonger le lecteur au cœur de la scène : la ville enneigée et scintillante n’est pas seulement un site économique et politique, mais un théâtre où s’opère en silence la redistribution du pouvoir, dans des salons invisibles au grand public, où seules les grandes figures présentent leurs lettres de créance.

Ainsi, ce tweet dépasse le simple commentaire journalistique : il constitue une entrée pour comprendre le phénomène, une clé pour décrypter ce qui est montré et ce qui est caché à Davos, avant de plonger dans le récit et l’analyse des détails que seuls ceux qui arpentent les tables et salles du forum peuvent observer : transactions, mots, et langage silencieux imperceptible pour les yeux ordinaires.

Le blanc trompeur : Davos derrière les lumières

La blancheur qui recouvre Davos n’est pas innocente.
La neige ne symbolise pas la pureté, mais la capacité des villes riches à masquer leurs fautes.
Tout paraît propre, brillant, neutre… tandis que, derrière, les transactions les plus controversées du monde se négocient.

Davos ne ressemble pas aux villes qui exposent ouvertement leurs travers.
Elle pratique l’art du contrôle avec calme, cravate et sourire diplomatique.

Chaque année, viennent ici les détenteurs de l’argent et du pouvoir, architectes de guerres et faiseurs de crises, accompagnés de cohortes d’experts et de conseillers, pour réarranger le monde comme on organise un portefeuille d’investissements.
Et certains pauvres sont également invités… non pour avoir un avis, mais parce que le spectacle a besoin d’un équilibre visuel et moral. Un décor nécessaire.

Dans le salon principal, je sirote mon café.
À la table en face, siège Rishi Sunak, ancien Premier ministre britannique.
Personne ne remarque sa présence.
Je me rappelle de ses positions timides pendant la guerre à Gaza.
En politique, comme dans la météo, tout passe… mais tout n’est pas oublié.

Quelques minutes plus tard, passe Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Dans les coulisses diplomatiques, on dit qu’il ambitionne de devenir Secrétaire général des Nations unies.
Davos n’est pas seulement un forum économique ; c’est une salle d’examen pour la légitimité, un marché ouvert pour présenter ses lettres de créance aux grands.

La question se pose alors :
peut-on encore lire les rapports de l’AIEA sans tenir compte de ces ambitions ?

Je quitte le salon.
Comme beaucoup ici, j’attends l’arrivée de Trump.

Je suis rejoint par Hashem.
Depuis vingt ans, nous nous rencontrons dans des lieux imprévus :
de Khartoum à Tripoli,
de Paris à Bruxelles… jusqu’à Davos.
Nous parlons politique, journalisme, et de la lente manière dont cette profession dévore ses propres enfants.

Une photo nous parvient d’Abdel Samad, de l’autre rive de Rabat.
Un tajine qu’il a préparé lui-même.
Si savoureux qu’il en devient presque insultant face à ce luxe froid.
Nous rions, l’appelons.
Puis, soudain, passe le Premier ministre d’un pays arabe en détresse.
Nous échangeons un seul regard.
Le plat là-bas… n’est pas encore prêt.

On dit que Trump est arrivé.

Il apparaît comme toujours : spectacle, poing levé, phrases calculées pour les gros titres.
Il parle de transactions, de l’Europe, de sa puissance.
Et de Groenland, ce morceau de glace qu’il a décidé de mettre dans sa poche.

Quand il s’éloigne, un journaliste derrière moi murmure en anglais :
“Damn you”.
Dit à voix basse, mais mon cœur s’accélère.
Et s’il entendait ?
Je serais l’accusé idéal : un Arabe au milieu de cette mer de blonds.

Mais cela passe sans incident.
Trump poursuit son passe-temps favori : humilier les Européens.

Macron, de son côté, parle comme un révolutionnaire international :
retour des empires, monde sans règles, nouveau colonialisme.
Sans jamais nommer Trump.
Il sait que le nom serait une erreur politique.

Elon Musk se moque de tous.
Il se moque même du Conseil de la paix de Trump, qu’il rebaptise le “Conseil de la Pièce” (jeu de mots entre Peace et Piece).
Un jeu de langage qui résume tout :
de Peace à Piece.

Un morceau de ce monde.
Un morceau du Groenland.
Et bientôt… peut-être, un autre morceau encore.

Je me tiens au milieu de tout cela, ressentant que je suis dans un immense théâtre,
ses lumières éblouissantes,
mais son texte médiocre.

Et je me demande :
que me reste-t-il avec eux ?

Je viens de la marge de la marge,
je vois comment ce monde fabriqué se construit,
et comment, par la force de l’argent et des armes, il devient “réalité”.

Davos…
comme beaucoup de choses dans ce monde :
de loin… plus beau.

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