Les scènes se répètent chaque hiver : la neige tombe, les pluies sont abondantes et les villages de montagne se retrouvent isolés. Les routes se transforment en ruisseaux de boue et les habitants font face à une solitude qui accentue leurs souffrances. Mais cette fois-ci, les citoyens ne se sont pas contentés de se plaindre en silence : la voix est parvenue au Parlement, où Mohamed Ouzzine, député du Parti du Mouvement Populaire, a adressé une question écrite au ministre de l’Équipement et de l’Eau sur la situation préoccupante des populations rurales et montagnardes face aux précipitations exceptionnelles de pluie et de neige.
En apparence, la question traite d’une crise climatique spécifique, mais en profondeur, elle soulève une interrogation plus large sur le modèle de gestion publique du Maroc montagneux, sur la capacité à protéger des vies et à fournir les services essentiels, et sur l’adéquation de la vision royale du développement territorial intégré avec la réalité du terrain.
La neige entre réalité et chiffres officiels
Les données climatiques officielles confirment que le Maroc connaît des précipitations inédites dans plusieurs régions montagneuses, notamment Ifrane, Midelt, Tinghir, Ouarzazate et Al Haouz. Ces pluies et neiges renforcent les ressources en eau après des années de sécheresse, ce que le gouvernement présente comme un gain stratégique national.
Mais au cœur des montagnes, la réalité est différente : une famille qui ne peut pas se rendre au marché hebdomadaire, un enfant privé d’école, un malade confronté à son sort sur une route coupée. Ici, la neige n’est pas seulement un spectacle esthétique, mais un test quotidien de la capacité de l’État à protéger ses habitants.
La question du député : plus qu’un simple texte parlementaire
Mohamed Ouzzine n’a pas seulement interrogé le ministère sur les déneigeuses et les mécanismes d’intervention, il a placé le gouvernement face au miroir de la réalité du terrain. Il rappelle que les fortes précipitations ne sont plus un phénomène saisonnier passager, mais une réalité structurelle récurrente chaque année, et que les coupures de routes fréquentes ne sont pas de simples incidents accidentels, mais le résultat d’un modèle de gestion fragile face à la résilience territoriale.
La province d’Al Haouz, par exemple, souffre d’une double calamité : le séisme n’a pas encore été résolu et le gel et le froid aggravent la souffrance des familles dans des logements provisoires. La question parlementaire met en lumière cette contradiction entre le discours officiel, qui met l’accent sur « le renforcement des ressources en eau », et l’expérience quotidienne du citoyen pris entre la nature et l’administration.
Entre réaction et anticipation
La question soulève également un débat fondamental : le gouvernement restera-t-il dans une logique de réaction ou passera-t-il à une politique proactive pour protéger les populations avant la survenue de la crise ?
Les faits sur le terrain montrent que la plupart des conseils locaux et provinciaux sont épuisés par des années de sécheresse, et leurs budgets ne suffisent pas à couvrir l’entretien des routes ou la location d’équipements supplémentaires. Les déneigeuses disponibles ne suffisent pas à éviter l’isolement, et le bénéficiaire final reste le citoyen, qui paie le prix du manque de planification plus que toute autre partie.
Le Maroc entre deux vitesses
Ici se révèle le grand écart : le Maroc qui se vante de ses autoroutes, de ses grands ports et de ses projets de développement modernes laisse le Maroc des montagnes affronter la nature seul. La question parlementaire met cette fracture en lumière et pose un dilemme politique et social : le véritable développement se mesure-t-il aux barrages et aux grands projets, ou à la capacité de garantir une vie digne à chaque habitant, loin de l’arbitraire et de l’attente ?
Conclusion
La question de Mohamed Ouzzine n’est pas qu’une simple feuille parlementaire. C’est un appel terrain audible, qui relie climat et politique, géographie et développement, citoyen et État. C’est un test sincère de la capacité du gouvernement à passer de la gestion des crises à une stratégie de gouvernance des montagnes marocaines.
Jusqu’à présent, l’opinion publique ignore l’ampleur de la réponse gouvernementale, mais ce qui est certain, c’est que la neige et la pluie n’attendront pas, et que la vraie question demeure : le Maroc des montagnes restera-t-il présent dans la politique nationale, ou demeurera-t-il en marge du développement ?


