Lorsque Aziz Akhannouch annonce, sur un ton catégorique, qu’il ne briguera pas un nouveau mandat à la tête du Rassemblement National des Indépendants (RNI), en insistant sur le caractère « personnel et irrévocable » de sa décision, il ne s’agit pas simplement d’un passage de témoin partisan. Il s’agit, en réalité, de l’aveu implicite de la fin d’un cycle politique devenu trop lourd à porter, pour le parti comme pour l’État.
En politique, les déclarations ne se lisent jamais isolément. Leur portée réelle se mesure à leur timing, à leur contexte et à ce qu’elles cherchent à prévenir. En ce sens, l’annonce d’Akhannouch s’inscrit dans une dynamique enclenchée depuis l’été dernier, marquée par une érosion progressive de sa légitimité politique, aussi bien au sein de son parti que dans l’opinion publique.
Un retrait préventif plus qu’un choix démocratique
En apparence, la décision peut être interprétée comme un acte démocratique ordinaire. Mais en profondeur, elle relève davantage d’un retrait préventif, dicté par le coût politique et symbolique devenu difficilement soutenable. Le gouvernement dirigé par Akhannouch a accumulé des échecs sociaux et communicationnels, tandis que le chef de l’exécutif s’est retrouvé au centre de controverses récurrentes : conflits d’intérêts, gestion maladroite des crises et déclarations publiques souvent perçues comme déconnectées des réalités sociales.
Un chef de gouvernement politiquement affaibli
L’annonce anticipée de son départ de la présidence du parti, avant même la fin de la législature, consacre une réalité politique rarement assumée : Aziz Akhannouch gouverne désormais avec un soutien partisan affaibli, dans une posture qui s’apparente davantage à une gestion de fin de mandat qu’à la conduite d’un projet réformateur ambitieux. Le pouvoir politique ne se mesure pas uniquement aux prérogatives constitutionnelles, mais aussi à la capacité de fédérer et de convaincre — deux leviers aujourd’hui largement émoussés.
Un successeur déjà désigné
Plus problématique encore que la décision elle-même est la manière dont elle a été prise. Derrière le discours du « choix personnel », se dessine l’évidence que la succession a été tranchée au sein d’un cercle restreint, composé de quelques figures influentes du parti. Cette méthode alimente les interrogations sur la réalité de la démocratie interne d’un parti qui s’est longtemps présenté comme institutionnel et moderne.
Les noms évoqués pour la relève appartiennent à la même élite politique, ce qui laisse présager un changement de façade plutôt qu’une véritable rupture stratégique.
Délester le parti du fardeau Akhannouch
L’annonce du retrait s’analyse également comme une tentative de désolidariser le RNI du bilan personnel d’Aziz Akhannouch à l’approche des prochaines échéances électorales. Ces dernières années, le parti a été durablement associé à une image négative : arrestations et poursuites judiciaires visant des élus, soupçons de conflits d’intérêts, et politiques publiques jugées socialement coûteuses.
Dans cette optique, la communication anticipée autour du départ du leader vise à préparer l’opinion publique à une équation simple : Akhannouch s’en va, le parti peut repartir à zéro — du moins en apparence.
La pression politique plus que la conviction personnelle
Malgré l’insistance sur le caractère personnel de la décision, le profil politique d’Aziz Akhannouch ne correspond guère à celui d’un dirigeant enclin aux initiatives solitaires ou aux choix impulsifs. Il est donc difficile de dissocier ce retrait de la pression politique, médiatique et sociale accumulée au fil des années, nourrie par des maladresses discursives, des erreurs d’appréciation et une mauvaise lecture des équilibres institutionnels.
Le retour du RNI à sa taille réelle
L’ère post-Akhannouch pourrait marquer un retour du RNI à son poids électoral naturel. Le retrait progressif des notables, dont l’engagement était souvent lié aux ressources financières et à l’influence du leadership sortant, semble inévitable. À cela s’ajoute un bilan gouvernemental perçu comme lourdement impopulaire, qui compliquera toute tentative de reconquête de la confiance des électeurs.
Conclusion
L’annonce d’Aziz Akhannouch ne relève pas d’un acte de courage politique, comme certains tenteront de le présenter, mais d’une gestion maîtrisée de la perte de pouvoir avant qu’elle ne se transforme en défaite totale. Elle marque la fin d’une séquence politique, plus qu’un nouveau départ.
La véritable question n’est donc plus de savoir qui succédera à Akhannouch à la tête du RNI, mais si le parti est capable de survivre politiquement à l’héritage Akhannouch.



