L’armée israélienne a annoncé, lundi, la signature d’un plan de travail militaire conjoint avec le Maroc pour l’année 2026, à l’issue de la troisième réunion de la commission militaire mixte tenue à Tel-Aviv. Cette initiative marque une nouvelle phase dans l’approfondissement de la coopération sécuritaire entre les deux pays, engagée depuis la reprise de leurs relations dans le cadre des Accords d’Abraham.
Selon la presse hébraïque, cette réunion, organisée à l’occasion du cinquième anniversaire de la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv, a été pilotée par la Direction israélienne de la planification et son département international, connu sous le nom de « Tevel ». Les échanges ont porté sur des réunions de travail techniques et professionnelles, complétées par des visites de terrain au sein d’unités militaires israéliennes, d’industries de défense et de directions spécialisées.
L’armée israélienne a qualifié cette rencontre d’« étape nouvelle et significative » dans la coopération sécuritaire avec le Maroc, présenté comme un « partenaire clé pour la stabilité régionale ». Une formulation qui dépasse le cadre strictement militaire et inscrit ce rapprochement dans une lecture plus large des équilibres sécuritaires en Afrique du Nord et en Méditerranée occidentale.
#هام بمرور خمس سنوات على الاتفاقيات الإبراهيمية: إسرائيل والمغرب يعمقان التعاون الأمني المشترك
انعقد الاجتماع الثالث للجنة العسكرية المشتركة (JMC) الإسرائيلية المغربية في تل أبيب بإشراف من هيئة التخطيط وهيئة العلاقات الخارجية في جيش الدفاع، واختتم هذا الأسبوع (الجمعة) بالتوقيع… pic.twitter.com/xBuUzSGoMg
— افيخاي ادرعي (@AvichayAdraee) January 5, 2026
La signature de ce plan intervient après une période de mise en veille relative de la coopération bilatérale, consécutive à l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, qui avait entraîné la suspension de plusieurs volets de collaboration pendant plus de deux ans. La reprise actuelle suggère toutefois que les canaux militaires et sécuritaires sont restés actifs en arrière-plan, en attendant des conditions politiques plus favorables à leur relance officielle.
Ce développement coïncide également avec un tournant majeur : le passage du simple partenariat contractuel à la production militaire conjointe sur le sol marocain. Des médias israéliens ont ainsi révélé l’ouverture, par la société « BlueBird », d’une usine à Ben Slimane dédiée à la fabrication de drones suicides de type « Spy-X », une première en Afrique du Nord dans ce domaine.
Au-delà de l’aspect industriel, ce projet reflète l’ambition du Maroc de renforcer sa souveraineté défensive à travers le transfert de technologies, la formation d’ingénieurs et de techniciens nationaux, et le développement de capacités locales de maintenance et d’exploitation, avec l’intégration progressive de ces systèmes dans l’architecture de défense du Royaume.
Ce processus s’inscrit dans la continuité de la visite du ministre israélien de la Défense de l’époque, Benny Gantz, en novembre 2021, qui avait abouti à la signature d’un mémorandum d’entente sécuritaire et militaire, le premier du genre entre Israël et un pays arabe. Depuis, les accords et mécanismes de coopération se sont multipliés, notamment dans les domaines de la défense aérienne, des drones et des systèmes de renseignement.
La conclusion d’un plan de travail militaire à l’horizon 2026 soulève néanmoins plusieurs interrogations : comment ce partenariat s’articule-t-il avec la stratégie marocaine d’autonomie stratégique ? Quelles en sont les limites politiques et opérationnelles, notamment au regard des sensibilités internes et du contexte régional ? Autant de questions qui restent ouvertes, à mesure que cette coopération gagne en profondeur et en visibilité.



