Trump élargit le front : le Venezuela entre contrôle américain et tensions régionales
Dans un contexte de tensions croissantes en Amérique latine, l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse par des forces spéciales américaines samedi matin a captivé l’attention internationale. L’annonce du président américain Donald Trump selon laquelle les États-Unis « gèrent » désormais les affaires au Venezuela ne se limite pas à une déclaration protocolaire : elle véhicule un double message, affirmant l’influence directe de Washington tout en laissant entrevoir une ouverture au dialogue avec la présidente par intérim à Caracas.
Delsi Rodríguez a exprimé sa disponibilité à collaborer avec Washington, appelant à une relation basée sur le « respect mutuel ». Cette posture contraste toutefois avec certaines prises de position internes aux États-Unis, comme celles du sénateur Marco Rubio, qui insiste sur le fait que l’objectif n’est pas de changer entièrement le régime mais de lutter contre le trafic de drogues et de sécuriser des intérêts stratégiques, notamment pétroliers. Ces divergences révèlent les tensions au sein de l’administration américaine quant à la conduite de la crise.
L’opération de samedi, qui a mobilisé hélicoptères, avions d’attaque et forces navales, a suscité des réactions contrastées à Caracas. Les rues sont revenues au calme, tandis qu’environ deux mille partisans de Maduro, armés et brandissant des drapeaux, ont manifesté leur présence. L’armée vénézuélienne a reconnu Rodríguez comme présidente par intérim et a encouragé la population à reprendre ses activités quotidiennes. Cependant, des rapports médicaux partiels font état de dizaines de morts et blessés, y compris parmi les Cubains impliqués aux côtés de Maduro, illustrant l’écart entre la communication officielle et la réalité sur le terrain.
Trump n’a pas limité ses avertissements au Venezuela : il a évoqué l’Iran, Cuba et la Colombie, signalant une possible extension de la pression américaine dans la région. Sa référence à « rétablir l’ordre dans un État en ruine » et à « la paix sur le terrain » suggère que le contrôle militaire et politique est présenté comme une démarche corrective, sans détailler les critères d’évaluation ou le cadre juridique de cette intervention.
Pour l’opposition vénézuélienne, l’opération constitue une avancée, mais pas une solution complète. Les déclarations d’Edmundo González Urrutia, exilé en Espagne et prétendu vainqueur des élections de 2024, soulignent que le retour à la normale nécessitera la libération des prisonniers politiques et le respect de la volonté populaire, montrant que la crise dépasse le simple affrontement entre Washington et Maduro et implique des acteurs internes et externes aux intérêts divergents.
Parallèlement, le pétrole vénézuélien reste un enjeu central, tandis que les célébrations des communautés vénézuéliennes à l’étranger révèlent l’impact humain et la polarisation au sein de la population, dont environ huit millions ont quitté le pays à cause de la pauvreté et de la répression politique.
L’opération de samedi n’est donc pas seulement une intervention militaire : elle illustre un changement de stratégie américaine dans la gestion de ses crises régionales, où le contrôle direct des événements devient un outil pour garantir l’influence, tout en ménageant un espace de négociation et de coopération limité, centré sur des intérêts stratégiques précis. La question centrale demeure : qui dirigera réellement le Venezuela dans les prochains jours, et dans quelle mesure Washington pourra concilier ses déclarations officielles avec la réalité politique et sociale de Caracas, sans déclencher un affrontement ouvert avec ses alliés régionaux ou la population locale.



