Analyse : Le discours de Mohamed Ouzzine et le conflit autour de la corruption, des médias et de la responsabilité politique au Maroc
Rabat | 22 décembre 2025 – Au cœur du parlement marocain, Mohamed Ouzzine, secrétaire général du Parti du Mouvement Populaire, se tient face à un environnement politique et médiatique quasi impossible. Des mots comme « corruption » et « le silence est le plus grand protecteur de la corruption » résonnent lors de ses sessions, mais il fait face à une majorité dominante et à des médias liés à des puissances influentes. L’attaque d’un site web très influent transforme le débat en une confrontation dépassant le simple cadre politique ; il s’agit d’un affrontement entre une voix singulière et un héritage de domination institutionnelle et médiatique.
La déclaration d’Ouzzine lors d’une session parlementaire a provoqué un large débat et de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et les plateformes électroniques marocaines, notamment lorsqu’il a affirmé : « Le silence est le plus grand protecteur de la corruption… et le Maroc se construit par les positions, pas par le silence ». Ce discours, qui consacre l’idée de la nécessité de s’engager dans la responsabilité et l’action rapide des institutions et des politiciens face à des pratiques perçues comme consolidant la corruption ou l’absence de reddition de comptes, reflète plus qu’une simple position d’opposition traditionnelle : il entre au cœur d’un débat plus large sur le rôle de l’opposition, la liberté d’expression et les médias.
Forme et message : au-delà des mots
Dans la vidéo circulante, Ouzzine cherche à situer son propos dans un cadre constitutionnel et politique clair : il rappelle que la surveillance et la reddition de comptes relèvent du parlement et des députés, et que toute tentative d’exclure l’opposition ou de la pousser vers la diffamation plutôt que le débat institutionnel constitue un glissement dangereux. Au cœur de sa phrase « le silence est le plus grand protecteur de la corruption » se trouve un appel clair à une véritable responsabilité, plutôt qu’à la soumission ou au simple mécontentement social.
Le discours dépasse la simple critique gouvernementale pour inclure un avertissement : le climat médiatique et politique pourrait transformer le débat politique en « dénigrement » ou en diminution de l’importance des institutions de l’État, alors que l’objectif réel est de renforcer la performance du parlement et des acteurs politiques plutôt que de s’indigner du seul critique.
Conflits avec les médias et sites web : arrière-plans politiques et sociaux
La déclaration d’Ouzzine s’inscrit dans un contexte de relations tendues entre certaines voix politiques et des segments du paysage médiatique numérique marocain, où certains politiciens critiquent ce qu’ils considèrent comme une promotion des scandales, une stigmatisation négative du paysage politique, ou la diffamation en dehors des faits confirmés. Selon des rapports de droits humains, le paysage médiatique marocain traverse une période sensible, où certaines plateformes sont accusées de recourir à la diffamation ou d’être proches de puissances influentes, tandis que d’autres subissent pressions et avertissements concernant la liberté d’expression et l’autocensure, un constat documenté par des organisations internationales dans leurs recherches sur la liberté d’expression au Maroc.
Cet environnement complexe contribue à ce que tout discours d’opposition fort — qu’il concerne la corruption ou la responsabilité politique — soit perçu comme un avertissement contre deux dangers concomitants : la voix qui n’est pas entendue à l’intérieur des institutions et la voix qui critique depuis l’extérieur via des plateformes médiatiques accusées de manque de professionnalisme ou de politisation. Ce double enjeu place l’opposition dans une posture défensive entre la nécessité de s’ouvrir à la critique et à la reddition de comptes, et le risque de glisser vers un discours exploité par ses adversaires dans les deux directions.
Contexte plus large : opposition et contrôle institutionnel
Depuis plusieurs années, le Parti du Mouvement Populaire, avec d’autres partis d’opposition, adopte une position critique envers la performance du gouvernement sur diverses questions sociales et économiques, telles que la lutte contre le coût de la vie ou l’interaction avec le parlement. En mars 2023, le parti a rencontré des difficultés de communication avec le gouvernement même sur des dossiers sociaux et politiques communs au parlement, ce que certains de ses députés ont interprété comme un indicateur de la difficulté pour l’opposition de jouer son rôle dans le champ législatif.
De plus, le discours sur la corruption au Maroc est sensible, comme dans d’autres pays ; il est fortement présent dans le débat public, encouragé par la multiplicité des initiatives de droits humains et des rapports mettant en lumière des questions liées à la gestion des fonds publics et à la responsabilité des acteurs publics, y compris des cas ayant été traités dans le passé via des plaintes ou des enquêtes par des organisations de la société civile.
Questions ouvertes : défis du combat
Dans ce contexte, plusieurs questions se posent :
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Le combat d’Ouzzine peut-il réaliser une percée réelle face à une majorité parlementaire forte et des médias liés à des puissances influentes ?
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Dans quelle mesure des mots forts et des positions publiques peuvent-ils influencer le paysage politique si elles ne sont pas accompagnées de plans concrets ou d’alliances stratégiques ?
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La victoire restera-t-elle possible uniquement sur le plan symbolique, ou l’environnement actuel rend-il tout impact pratique presque impossible ?
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Comment l’opposition peut-elle trouver des voies alternatives pour exercer le contrôle et la responsabilité dans un contexte de domination de la majorité et de l’environnement médiatique ?
Le dit et le non-dit : lecture équilibrée
Ce qu’Ouzzine a annoncé est clair en termes de ton : renforcer le rôle des institutions, refuser la marginalisation temporaire de l’opposition et encourager le pouvoir législatif à exercer contrôle et responsabilité.
Mais le non-dit — fondamental dans l’analyse politique — réside dans l’environnement médiatique et institutionnel où les messages politiques sont diffusés, où la critique légitime s’allie à des craintes liées à l’augmentation de climats abusifs ou d’attaques non professionnelles contre des personnalités politiques, soulevant des questions sur les limites de la liberté d’expression et du contrôle institutionnel dans la société marocaine.
Politiques et issues potentielles
Le discours politique appelant à résister au silence face à la corruption suggère — de manière implicite — que les mécanismes de responsabilité officiels (tels que les commissions parlementaires, les institutions de contrôle, la presse professionnelle) sont les mieux placés pour développer un débat civil mature. En même temps, le différend actuel entre certains parlementaires et sites d’information soulève une question plus profonde sur l’intégration des rôles entre médias libres et institutions élues, surtout lorsque les premiers dépassent les limites professionnelles, ou lorsque les seconds voient leur capacité de contrôle réduite.
Conclusion analytique
La récente déclaration de Mohamed Ouzzine ne peut se résumer à une simple critique populaire ou à un sarcasme politique ; elle réaffirme la responsabilité de l’opposition dans le cadre constitutionnel et face à un environnement médiatique et politique complexe. Le discours montre clairement que les différends actuels dépassent l’écoute de la voix des opposants pour inclure des questions plus profondes liées aux rôles des institutions, aux limites de la liberté d’expression et à l’impact des médias sur le climat politique.
Dans ce cadre, l’expression « le silence est le plus grand protecteur de la corruption » reste un appel à comprendre que la véritable responsabilité commence à l’intérieur des institutions, mais nécessite un environnement médiatique intègre et neutre pour pouvoir accomplir pleinement son rôle.


