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Quand trois minutes deviennent une question existentielle : lecture analytique du film « 3 Minutes » de Saïd Ben Thika

Avec « 3 Minutes », son nouveau long métrage, le réalisateur Saïd Ben Thika ne se contente pas de livrer une comédie supplémentaire au public marocain. Il propose une œuvre qui cherche à déplacer la comédie de sa fonction purement divertissante vers un espace plus réflexif, où le rire devient un outil d’interrogation, et l’humour un moyen subtil de questionner le choix, le destin et le regret.

À partir du 17 décembre, le film sera projeté dans les salles marocaines, après une avant-première organisée le 16 décembre au cinéma Megarama de Casablanca, en présence de l’équipe du film, de figures du monde artistique et médiatique. Mais au-delà de l’événement, « 3 Minutes » se distingue surtout par le pari intellectuel et narratif qu’il assume.

Une comédie d’idée, plus que de situation

Le film repose sur une idée simple en apparence, mais riche en implications : Othmane, un modeste livreur issu d’un quartier populaire, découvre par hasard un appareil étrange doté d’une application lui permettant de revenir trois minutes en arrière. Trois minutes seulement, mais suffisantes pour bouleverser le cours des événements et tenter de corriger des erreurs passées.

Ici, la comédie ne naît pas tant des situations que de l’idée centrale elle-même. Le dispositif narratif devient une métaphore de l’obsession humaine pour la seconde chance et du désir permanent de réécrire ses décisions.

Du rire à la remise en question

Progressivement, le film s’éloigne de l’illusion de toute-puissance. Il suggère, avec finesse, que tout n’est pas réversible, et que certaines décisions – comme certains destins – échappent à toute tentative de correction.
« 3 Minutes » interroge ainsi, en filigrane, notre rapport au temps, à l’erreur et à la responsabilité individuelle, posant une question essentielle :
le problème vient-il du manque de temps… ou de la nature même de nos choix ?

La darija comme langue du réel

Le choix de la darija marocaine, accompagnée de sous-titres en français, s’inscrit dans une volonté de proximité avec le quotidien. La langue devient ici un vecteur d’authenticité, ancrant les personnages dans un univers social familier, où l’humour cohabite avec la fragilité humaine et les contradictions de la vie ordinaire.

Une dynamique collective au service de la vision

Porté par une distribution riche, réunissant notamment Saïd Ben Thika, Tarek Bakhari, Souilah, Zouhour Slimani, Neriman Seddad, Sara Fares, Mehdi Tkito, Younes Benzakour, Zahira Seddik, entre autres, le film privilégie un jeu d’ensemble équilibré. Les performances servent la vision du réalisateur sans jamais l’éclipser, maintenant une tension maîtrisée entre comédie et profondeur dramatique.

Plus qu’un film, un point de départ pour le débat

L’avant-première de « 3 Minutes » ne marque pas seulement la sortie d’un nouveau film, mais ouvre aussi un débat plus large sur l’évolution de la comédie marocaine. Une comédie capable de se renouveler, de questionner la société et l’individu, sans rompre avec le public.

Au final, « 3 Minutes » semble nous rappeler une vérité simple et troublante :
nous n’avons pas toujours besoin d’années pour changer nos vies ; parfois, trois minutes suffisent pour comprendre que tout ne peut pas être changé.

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