Les condamnations prononcées par la chambre criminelle de première instance de Marrakech, dans la nuit du 10 décembre—coïncidant avec la Journée mondiale des droits de l’homme—ne se limitent pas à un simple épisode judiciaire lié aux événements survenus à El Kelaa des Sraghna et Ait Ourir. Elles se présentent plutôt comme un miroir reflétant la tension accumulée entre une génération en quête de reconnaissance et un État qui continue de privilégier le contrôle à la compréhension, la sanction à l’écoute.
Cette nuit-là, la cour a condamné deux groupes de mineurs et de jeunes : 26 prévenus dans le premier dossier et 6 dans le second. Les peines vont de quatre mois de prison ferme, à des peines avec sursis, jusqu’à une peine d’un an et demi ferme pour l’un des accusés. Dans le deuxième dossier, deux prévenus ont été acquittés, tandis qu’un autre a été remis à son représentant légal.
Derrière ces chiffres techniques, se cachent des questions beaucoup plus larges :
Sommes-nous face à une série de protestations spontanées qui ont dégénéré en violence, ou devant une génération ressentant que ses canaux d’expression sont bloqués et cherchant à se faire entendre par d’autres moyens ?
L’approche sécuritaire seule est-elle suffisante pour contenir les dynamiques sociales nouvelles, différentes de celles observées avec les mouvements de jeunesse précédents ?
Une génération nouvelle face à des logiques anciennes
Les faits à l’origine des condamnations sont sérieux : entrave à la circulation, destruction de biens, insultes envers des fonctionnaires, violences ayant entraîné blessures et saignements. Mais ces actes s’inscrivent dans un contexte plus large :
des manifestations menées par la Génération Z, un public né à l’ère des réseaux sociaux, rapide à réagir, libéré des codes traditionnels de peur, et convaincu que ses institutions ne le voient ni ne l’écoutent.
Malgré la diversité des accusations, la question centrale demeure :
Ces procès traitent-ils réellement le problème ou ne font-ils que le reporter à l’avenir, avec des conséquences potentielles plus complexes ?
Entre droit et réalité : quelle place pour la société ?
Le droit de l’État à protéger les biens publics et à assurer la sécurité ne peut être nié. Mais il est tout aussi impossible d’ignorer que la poursuite judiciaire simultanée de dizaines de mineurs révèle un déséquilibre profond entre les institutions et la jeunesse.
Ce ne sont pas de simples affaires criminelles : elles indiquent un écart social croissant et une vague de colère portant des messages implicites, même si non exprimés clairement.
Si les condamnations ont été prononcées, le véritable débat commence maintenant :
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Qu’est-ce qui a poussé ces mineurs à descendre dans la rue ?
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Les causes ayant déclenché ces manifestations ont-elles été traitées ?
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Les institutions comprennent-elles la nécessité de passer d’une gestion sécuritaire à une approche sociale et communicative ?
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Comment reconstruire la confiance dans un contexte où la jeunesse se sent suspendue entre incertitude et exclusion ?
Une conclusion ouverte sur les possibles
Les verdicts de Marrakech peuvent clore les dossiers sur le plan légal, mais ils ouvrent de nombreuses interrogations sur le plan symbolique et social. La Génération Z n’est pas un phénomène passager : elle représente une réalité sociale nouvelle qui exige des outils d’analyse inédits et des politiques dépassant la logique de sanction pour comprendre les racines du malaise.
La question la plus pressante demeure :
Les autorités et la société liront-elles les messages de cette génération avec sérieux, ou attendront-elles l’émergence de nouvelles vagues de colère, potentiellement plus intenses et profondes ?



