La sortie d’Abdellah El Bakkali : une déclaration qui révèle les fragilités structurelles de la gouvernance médiatique
La récente intervention d’Abdellah El Bakkali, à propos de la vidéo attribuée à la Commission de l’éthique relevant du Comité permanent gouvernemental chargé de la presse et de l’édition, a ravivé un débat déjà sensible au sein du secteur. Une intervention qui, au-delà des clarifications qu’elle apporte, invite à une lecture approfondie de ce que cette affaire révèle sur la gestion du champ médiatique au Maroc.
El Bakkali a présenté plusieurs éléments qu’une partie des professionnels ignorait jusque-là, notamment concernant la situation de Hamid El Mahdaoui. Selon ses déclarations, l’intéressé aurait été « ciblé » dans certains processus internes. Ce point, tout comme d’autres, soulève des interrogations légitimes sur les mécanismes de décision, le cadre juridique appliqué et l’équilibre entre réglementation et droits professionnels.
La vidéo – dont l’authenticité et le contexte exact relèvent des autorités compétentes – a agi comme point de bascule. Sans cette fuite, il est probable que la discussion autour des procédures internes et du fonctionnement de la Commission n’aurait pas pris la même ampleur. Ce constat, en soi, questionne le rôle des mécanismes institutionnels de transparence et de reddition des comptes.
Entre responsabilités syndicales et responsabilités politiques
Dans sa déclaration, El Bakkali a présenté des excuses « à toutes les parties concernées », sans toutefois s’adresser explicitement au corps journalistique qui l’a élu. Il a également exprimé sa solidarité envers des membres de la Commission estimant avoir été exposés publiquement, sans évoquer dans le même registre des professionnels cités dans l’affaire, comme Mohamed Talbi, ancien membre du bureau national du syndicat. Ce choix a suscité des interrogations dans les milieux professionnels sur la nature de sa prise de parole : était-elle syndicale, institutionnelle ou politique ?
L’un des enjeux soulevés par cette intervention est celui du timing : pourquoi cette réaction maintenant, et non au moment où les premières interrogations ont émergé ? Cette temporalité alimente un questionnement légitime sur la manière dont les structures professionnelles gèrent les crises internes et les situations sensibles qui touchent directement la crédibilité du secteur.
L’efficacité de la Commission : une question ouverte
El Bakkali a évoqué l’« efficacité » du travail mené par la Commission de l’éthique. Toutefois, la discussion publique qui a suivi la fuite révèle une perception différente chez certains professionnels, qui appellent à une clarification des procédures, à une meilleure communication institutionnelle et à une application stricte et transparente du cadre légal encadrant les décisions.
Les mécanismes disciplinaires et administratifs doivent, pour préserver la confiance, s’appuyer sur des règles clairement définies, équitables et connues de tous. Toute perception d’arbitraire ou d’exceptionnalité dans la prise de décision fragilise non seulement l’institution, mais également l’ensemble du secteur.
Une affaire qui dépasse les personnes
L’enjeu dépasse les protagonistes directement cités. Ce dossier remet au centre de la réflexion la nécessité de consolider la gouvernance du secteur médiatique, de renforcer la transparence des procédures internes, d’assurer la cohérence entre missions institutionnelles et réalité des pratiques, et de préserver l’indépendance de la profession de toute lecture politique ou partisane.
Conclusion
La sortie d’El Bakkali a permis d’éclairer certains aspects qui étaient peu connus du public professionnel. Mais elle a également mis en lumière des zones d’ombre et des questions structurelles qui exigent un débat serein, institutionnel et responsable. Le rôle des instances professionnelles est, plus que jamais, de garantir que la régulation du métier s’exerce dans le respect du droit, de l’équité, et de la confiance indispensable entre journalistes, institutions et citoyens.



