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50 milliards de dirhams s’évaporent chaque année : le Maroc vit-il sur une économie artificielle ?

Quand la matière journalistique se transforme en interpellation de la conscience : pourquoi relisons-nous le texte… avant de le réécrire ?

Dans le journalisme traditionnel, il suffit de reformuler un texte pour dire qu’on l’a amélioré.
Mais à Maroc Maintenant, le critère d’amélioration n’est ni linguistique ni technique ; c’est un critère de conscience.

Ici, nous ne reprenons pas la matière journalistique telle qu’elle nous parvient, et nous ne nous contentons pas d’en adoucir les angles ou d’en corriger la structure.
Nous réexaminons plutôt l’idée qu’elle porte : son arrière-plan, ses zones vides, ses silences plus que ses mots, et les questions qui n’ont pas été posées parce qu’elles n’étaient pas visibles au moment de l’écriture.
Ce n’est pas une réécriture, mais une re-pensée.

Lorsque l’auteur Lahcen Hammouch parle de 50 milliards de dirhams volés chaque année, il ne présente pas un chiffre nouveau autant qu’il ne met le doigt sur une plaie ouverte que l’État marocain, dans son discours officiel, tente de traiter comme un simple symptôme et non comme une structure infiltrée au cœur du système.

Corruption au Maroc : 50 milliards de dirhams volés chaque année, et un pays placé sous respirateur artificiel

Mais dans la lecture de Maroc Maintenant, ce chiffre n’est pas une donnée : c’est un indicateur de basculement dangereux :
un pays qui vit sur une économie qui semble, par endroits, branchée sur des appareils de réanimation, alimentée par des capitaux artificiels, tandis que ses capacités réelles s’épuisent dans l’ombre.

De la corruption comme délit individuel… à la corruption comme structure de gouvernance

Le texte original présente des données de l’INPPLC, de l’OCDE et de rapports nationaux, pour dire que la corruption coûte au Maroc entre 3,5 % et 6 % du PIB.
Mais la lecture dont la scène marocaine a besoin aujourd’hui n’est pas seulement numérique : elle est structurelle.

Sommes-nous face à des cas de corruption isolés ?

Ou face à une économie politique fondée sur la distribution d’avantages plutôt que sur la production ?

Le Maroc est-il entré dans la phase de « l’État de papier » décrite par l’auteur, où les lois sont écrites mais n’entrent en application que lorsque les réseaux bénéficiaires le décident ?

Le problème n’est pas ici l’existence de dispositifs juridiques, mais la tactique de leur application.
La loi est présente, mais la volonté politique de l’appliquer pour changer le rapport de force est absente.
Dans cette lecture, la corruption n’est pas seulement morale : elle est un outil de contrôle du champ politique.

Institutions de contrôle : présence formelle ou fonction neutralisée ?

Les chiffres de l’OCDE montrent une contradiction dangereuse :
le Maroc atteint 73 % en cadre stratégique de lutte contre la corruption, mais seulement 53 % en mise en œuvre.

Cela ouvre une question essentielle :
Les institutions ont-elles été créées pour lutter contre la corruption… ou pour contenir le débat sur la corruption ?

Pour Maroc Maintenant, la question n’est plus technique mais touche à la nature même du contrat politique entre l’État et la société :

– Des institutions de contrôle qui rédigent des rapports sans que leurs recommandations soient activées.
– Un gouvernement qui déclare la guerre à la corruption sans jamais réellement la commencer.
– Une justice qui se met en mouvement lorsque cela lui est permis, non lorsque cela lui est dû.

Dans cet équilibre, la corruption devient une pièce du jeu du pouvoir.

Les marchés publics : là où la richesse se crée… et se vole

Le texte original présente des dérives majeures dans les marchés publics :
– des études demandées sans nécessité,
– des appels d’offres « taillés sur mesure »,
– des entreprises qui remportent parce qu’elles sont loyales, non parce qu’elles sont compétentes,
– des élus et des responsables qui attribuent des projets aux sociétés de leurs proches…

Mais la lecture analytique révèle quelque chose de plus grave :
c’est une économie parallèle au sein même de l’État.
La logique du « sur-mesure » n’est pas un accident : c’est l’une des expressions du capitalisme de connivence qui gouverne la relation entre argent et pouvoir au Maroc depuis des décennies.

L’économie nationale ne saigne pas seulement…
Elle se transforme en économie rentière légalisée, administrée par des réseaux locaux et régionaux.

L’affaire du “chlorure” n’est pas une exception… mais un signe

L’affrontement parlementaire autour du chlorure de potassium n’est pas un incident.
C’est un signal politique : une perte de confiance au sein même des institutions de l’État.

Lorsqu’un député en arrive à accuser un ministre devant les caméras, cela signifie que les canaux internes sont soit :

– bloqués,
– non fiables,
– ou ne réagissent que lorsque le dossier est rendu public.

Et ce schéma se répète dans les collectivités locales, les marchés, l’urbanisme, la santé et même l’éducation.

Le nouveau dispositif législatif : encadrement de la corruption ou encadrement de la dénonciation ?

L’un des points les plus dangereux évoqués par l’auteur est la restriction du droit de la société civile et des citoyens de déposer des plaintes pour corruption.

Exiger que les affaires de détournement de fonds publics soient portées exclusivement par le procureur général, et sur la base de rapports officiels, signifie concrètement :

– la fermeture de la porte devant les grands dossiers,
– un État devenu à la fois juge et partie,
– l’assèchement des initiatives citoyennes indépendantes.

Pour Maroc Maintenant, ce dispositif révèle une recentralisation judiciaire visant à protéger la structure existante, non à réformer.

La corruption comme obstacle civilisationnel

Ce que vit le Maroc n’est pas seulement une corruption financière, mais l’érosion du contrat social.
Les jeunes partent parce qu’ils ne trouvent aucun sens dans un pays où 50 milliards de dirhams s’évaporent dans les poches de quelques-uns pendant que les hôpitaux régionaux manquent d’un lit ou d’une bouteille d’oxygène.

La question n’est pas financière… mais morale et politique.

La corruption ici n’est pas un phénomène : c’est un rapport de force qui se reproduit par :

– l’affaiblissement de la justice,
– le contrôle des médias,
– la domestication de la société civile,
– l’achat des loyautés,
– la clôture du débat public.

Que reste-t-il ?

Il reste une seule question, celle de l’avenir :
Le Maroc peut-il continuer d’expérimenter des modèles de développement pendant que 50 milliards de dirhams s’évaporent chaque année ?

La vérité exprimée ici est claire :
Aucun modèle de développement ne peut réussir face à un modèle de corruption qui, lui, fonctionne très bien.

Le choix est net :
soit l’État des institutions,
soit l’État des réseaux.
Les deux ne peuvent coexister longtemps.

Dernier mot dans l’esprit de Maroc Maintenant

Le texte original est un cri.
Mais la lecture que nous proposons n’est pas un cri… c’est un diagnostic politique d’un chemin qui exige du courage, non des promesses.

Les pays ne se construisent pas sur des milliards volés, mais sur :

– une vérité dite,
– une justice appliquée,
– une responsabilité assumée.

C’est cela, le cœur du conflit aujourd’hui :
entre ceux qui veulent construire le Maroc,
et ceux qui veulent construire leur fortune dans le Maroc.

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