La visite du ministre paraguayen des Affaires étrangères, Rubén Ramírez Lezcano, à Rabat n’était pas une simple étape protocolaire dans l’agenda bilatéral. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large, celle d’un réalignement silencieux entre l’Amérique latine et l’Afrique, à travers la porte d’entrée marocaine. Un Maroc qui, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, redessine peu à peu la carte de ses alliances en misant sur la confiance et la complémentarité des visions.
Lorsque Nasser Bourita a salué la décision du Paraguay d’ouvrir un consulat général à Dakhla, il ne s’agissait pas d’un geste symbolique isolé, mais bien d’une manifestation politique d’une nouvelle conscience latino-américaine vis-à-vis de l’Afrique. Le soutien constant du Paraguay à l’initiative marocaine d’autonomie donne ainsi un sens stratégique à ce rapprochement.
Mais au fond, la question demeure : Sommes-nous en train d’assister à la naissance d’un nouvel axe diplomatique Sud-Sud, fondé sur la souveraineté, le développement et la solidarité entre continents ?
Bourita a choisi les mots de la réalisme politique, loin des formules diplomatiques creuses. Le Maroc et le Paraguay partagent une vision commune des mutations internationales : celle d’une autonomie décisionnelle et d’une gouvernance responsable, à l’écart des tutelles traditionnelles.
Le Paraguay se positionne aujourd’hui comme un modèle de réformes sociales et économiques en Amérique latine, tandis que le Maroc s’émancipe de la dépendance eurocentrée pour bâtir des partenariats équilibrés avec les pays du Sud. Ce rapprochement incarne une diplomatie de libération et d’initiative, où le dialogue remplace l’alignement automatique.
L’annonce d’un forum économique bilatéral, et la perspective d’un travail conjoint avec l’Afrique, le monde arabe et la zone du Mercosur, traduisent une ambition claire :
faire du partenariat Maroc–Paraguay une plateforme économique intégrée et un modèle de coopération Sud–Sud.
Quant à l’ouverture imminente du consulat paraguayen à Dakhla, elle va bien au-delà du symbole. C’est une affirmation diplomatique d’un engagement constant, un acte de fidélité politique qui inscrit le Paraguay dans la liste croissante des nations qui reconnaissent la marocanité du Sahara.
Entretien, ce jour à Rabat, entre M. Nasser Bourita et son homologue paraguayen, M. Rubén Ramírez Lezcano, qui a annoncé l’ouverture d’un Consulat Général dans les Provinces du Sud, matérialisant ainsi la reconnaissance par le Paraguay de la souveraineté du Maroc sur son Sahara pic.twitter.com/YqpAihcnbJ
— Maroc Diplomatie 🇲🇦 (@MarocDiplomatie) October 29, 2025
Derrière cette convergence se pose une interrogation stratégique :Ce rapprochement entre Rabat et Asunción peut-il être le germe d’une alliance afro-latino-américaine capable de rééquilibrer les rapports de force mondiaux ? Et surtout, les puissances traditionnelles réalisent-elles que le temps des tutelles géopolitiques s’effrite, au profit d’un monde de partenariats volontaires et équilibrés ?
Entre Rabat et Asunción, une diplomatie de confiance et de vision s’écrit aujourd’hui. Une diplomatie qui regarde l’avenir non pas comme un terrain de compétition, mais comme un espace partagé de progrès et de souveraineté.



