mardi, mars 10, 2026
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Farine de papier ou papier de la justice sociale ? Entre accusation et dénégation, la confiance du citoyen s’effrite jusque dans son pain quotidien

Seize milliards de dirhams envolés dans les moulins du soutien public…Une véritable bombe politique a éclaté sous la coupole du Parlement lorsque Ahmed Touizi, chef du groupe Authenticité et Modernité, a révélé que la “farine nationale subventionnée” ne serait, dans certains cas, rien d’autre que… de la farine de papier. Derrière cette accusation retentissante se cache un système de subvention à bout de souffle, vidé de son sens social et devenu un terrain fertile pour la rente et la corruption.

Entre 16,8 milliards de dirhams dépensés et une surveillance quasi absente, la question brûlante demeure : qui dévore réellement l’argent du soutien, et qui broie la vérité avant le blé ? Ce n’est plus une affaire de farine altérée, mais celle d’un modèle public qui nourrit le pouvoir de la corruption plus qu’il ne nourrit la justice sociale.

Dans une séance parlementaire qui devait être un espace de débat législatif, le député Ahmed Touizi, du Parti Authenticité et Modernité, a lancé une bombe politique en accusant certaines entreprises de « moudre du papier et le vendre comme farine subventionnée destinée aux pauvres ».
Ce n’était pas une simple maladresse verbale, mais une déclaration qui a rouvert une blessure ancienne dans le corps social marocain : celle de la confiance.
Lorsqu’on commence à douter de ce que l’on mange, c’est que la confiance dans les institutions, dans le contrôle et dans l’État en tant que garant de la dignité avant la subsistance, vacille.

Entre ceux qui voient dans les propos de Touizi un signal d’alarme tardif pour un système de subvention en déliquescence, et ceux qui y lisent un discours populiste cherchant à capitaliser sur la colère sociale, une question persiste : Le citoyen marocain peut-il encore faire confiance à une farine subventionnée dont il ignore la provenance, les composants et le contrôle ?

De la farine subventionnée au soutien broyé

Depuis des années, le système de la farine subventionnée est devenu l’un des dossiers les plus opaques du modèle social marocain. Les bénéficiaires supposés se plaignent de la mauvaise qualité, du manque de transparence et du favoritisme dans la distribution, tandis que certaines entreprises continuent de profiter du soutien public sans véritable contrôle.

Les récentes déclarations de Touizi n’ont fait que révéler une réalité longtemps tue. Le Observatoire marocain de la protection du consommateur et le Centre marocain des droits de l’homme ont appelé à une enquête officielle urgente, estimant que cette affaire dépasse la simple question d’un produit alimentaire : elle touche au cœur même de la justice sociale.
Car le pain, au Maroc, n’est pas qu’un aliment : c’est un symbole de dignité. Et lorsque ce symbole est terni, c’est la confiance collective qui s’effrite, bien plus que la pâte du quotidien.

Entre justice et politique : qui détient la vérité ?

La Fédération nationale des moulins a immédiatement réagi, niant avec vigueur les accusations.
Mais le démenti, à lui seul, n’a pas suffi à dissiper la méfiance profondément ancrée dans la mémoire collective des Marocains, marquée par des scandales répétés de fraude alimentaire et de corruption dans la gestion du soutien public.

C’est pourquoi l’appel à une enquête judiciaire est apparu comme une nécessité.
L’Observatoire du consommateur a exhorté le parquet à entendre le député et à l’inviter à présenter les preuves à l’appui de ses propos, soulignant que de telles accusations ne peuvent rester suspendues sans vérification.
Et si ces accusations s’avéraient infondées, il faudrait alors s’interroger sur la banalisation du discours populiste et sur le coût moral de l’instrumentalisation du pain du pauvre à des fins politiques.

Le soutien entre la pâte et la panne

L’affaire dépasse la question sanitaire pour mettre en lumière un échec structurel du modèle de subvention.
Depuis des décennies, les pouvoirs publics persistent à gérer l’aide sociale à travers des intermédiaires, laissant les véritables bénéficiaires à la marge et ouvrant la voie aux abus et au détournement des fonds publics.

Le militant des droits humains Abdelilah Khoudri appelle à une réforme radicale : passer du soutien en nature au soutien direct, via le Registre social unifié, afin de garantir que les aides publiques atteignent réellement les familles qui en ont besoin, sans passer par les « entreprises parasites » qui s’enrichissent au nom de la pauvreté.

Une question demeure :
S’agit-il d’un soutien aux pauvres, ou d’un appauvrissement du soutien lui-même ?
Car le Maroc dépense des milliards au nom de la solidarité, sans que la solidarité ne se traduise concrètement dans la vie des plus démunis.

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