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Quand l’État se nourrit du tabac et de l’alcool : la grande contradiction marocaine → Style critique, clair et percutant.

Entre les lignes du projet de loi de finances 2026, une question essentielle se pose : le Maroc cherche-t-il à équilibrer ses comptes ou à façonner le comportement de ses citoyens à travers l’impôt ?

Selon les données officielles, le gouvernement prévoit de récolter 21,168 milliards de dirhams issus des taxes sur le tabac et l’alcool — soit trois fois plus que les bénéfices attendus du Groupe OCP, pilier de l’économie nationale. Ces chiffres révèlent une dépendance croissante envers les « recettes fiscales sûres », souvent tirées des poches des consommateurs, pour maintenir le déficit budgétaire à 3 % du PIB, contre 3,5 % attendus à la fin de l’année.

Ainsi, les recettes prévues s’élèvent à 1,487 milliard de dirhams pour les droits d’accise sur les spiritueux et alcools, 1,963 milliard de dirhams pour la bière, et 17,717 milliards de dirhams pour le tabac manufacturé. Des montants en forte hausse par rapport à l’exercice précédent, traduisant la volonté du gouvernement de miser sur une fiscalité stable et prévisible.

Mais une contradiction culturelle et religieuse saute aux yeux : l’alcool, au Maroc, est censé être vendu uniquement aux étrangers non musulmans. Si cette règle était appliquée à la lettre, comment expliquer de telles rentrées fiscales ?
Combien de touristes et de résidents étrangers vivent réellement au Maroc pour générer plusieurs milliards de dirhams en taxes ?
Et surtout, que révèle ce paradoxe sur la frontière floue entre la légalité religieuse et la réalité économique ?

Sur le plan global, le projet de loi prévoit des ressources ordinaires de 432,8 milliards de dirhams, pour des dépenses totales de 488,2 milliards, dont 366,5 milliards proviendraient de la fiscalité. À peine 62,7 milliards viendraient de ressources non fiscales. Ce déséquilibre souligne la dépendance quasi totale de l’État aux impôts pour financer ses politiques publiques.

En misant sur les taxes à la consommation – en particulier celles sur le tabac et les produits dits “populaires” – le gouvernement cherche une stabilité budgétaire, mais à quel prix ?
L’impôt devient-il un outil de régulation sociale ou une simple perfusion financière ?
Et jusqu’où cette stratégie peut-elle aller avant de peser sur le pouvoir d’achat et le tissu social ?

Au fond, la loi de finances 2026 n’est pas qu’un document comptable. C’est un miroir des tensions entre morale et économie, entre besoin de stabilité budgétaire et cohérence culturelle.
Le Maroc doit-il choisir entre l’efficacité financière et la fidélité à ses principes ? Ou peut-il encore inventer une voie médiane où le développement économique n’entre pas en contradiction avec les valeurs qui fondent sa société ?

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