samedi, janvier 24, 2026
AccueilActualitésLe Centre Cinématographique Marocain revitalise le festival de Tanger : nouvelle vision,...

Le Centre Cinématographique Marocain revitalise le festival de Tanger : nouvelle vision, langues multiples et jeunes réalisateurs à l’honneur

« La mer lointaine » : quand le cinéma marocain rencontre la profondeur humaine et l’océan ouvert

À Tanger, la ville qui a toujours été la porte du Maroc sur le monde, le Palais des Arts et de la Culture a accueilli un moment de reconnaissance collective de la capacité du cinéma marocain à se renouveler, lorsque le film « La mer lointaine » du réalisateur Said Hamich Ben Al Arabi a remporté le Grand Prix de la 25e édition du Festival National du Film.


Mais ce qui s’est passé à Tanger n’était pas seulement la consécration d’un film, c’était une renaissance de l’idée : le cinéma marocain peut être un miroir de la société, un pont entre les générations, et le Festival National du Film a retrouvé cette année son esprit presque disparu, grâce à une direction consciente du Centre Cinématographique Marocain, dont le président a redonné à l’institution son éclat et son rayonnement institutionnel et artistique, soutenu par des talents jeunes alliant professionnalisme et audace.

La mer comme symbole d’exil et de quête de soi

« La mer lointaine » n’est pas seulement l’histoire de Nour, un jeune homme ayant migré de manière irrégulière à Marseille, c’est aussi une histoire nationale sur la séparation et la nostalgie, sur l’écart entre le rêve et le refuge.
Le film aborde la migration non comme un simple phénomène social, mais comme une expérience existentielle, testant l’humanité du migrant entre la perte de ses racines et le charme de la liberté. Nour, oscillant entre appartenance et désarroi, représente une génération entière vivant aux confins de la Méditerranée, rêvant de traverser et découvrant que l’exil ne commence pas en mer, mais à l’intérieur — quand l’homme perd son équilibre entre ce qu’il veut être et ce qu’on lui permet d’être.

Le film ne se contente donc pas de raconter ; il pense visuellement. C’est un texte philosophique autant qu’une œuvre artistique, amenant le spectateur à se poser des questions : La migration est-elle une libération ou une fuite ? La patrie est-elle le lieu de naissance ou le sens que nous portons partout où nous allons ?
Said Hamich Ben Al Arabi ne fournit pas de réponses, il laisse la caméra ouvrir les blessures de la mémoire sur une décennie, des années 1990 au début du millénaire, comme un voyage du temps de fragilité au temps de l’angoisse mondialisée.

Le succès d’un festival à l’aune de la transformation culturelle du Maroc

La 25e édition du Festival National du Film a dépassé son rôle traditionnel de simple plateforme d’exposition et de récompense pour devenir un observatoire de l’évolution de la conscience cinématographique marocaine.

Ce succès n’était pas le fruit du hasard ; il est le résultat d’une vision renouvelée du Centre Cinématographique Marocain, qui a restauré la régularité et insufflé une énergie nouvelle par de jeunes talents masculins et féminins, démontrant que la gestion culturelle est un art en soi.

Il est clair qu’il y a une transformation dans la philosophie de la gestion cinématographique au Maroc : Du logistique événementiel à la construction culturelle,
De l’image importée à l’image marocaine consciente d’elle-même et de sa diversité.

Le festival, qui s’est déroulé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a incarné cette année un moment de réconciliation entre le public et la critique, entre l’art et la politique culturelle, entre la mémoire et les perspectives futures du cinéma marocain.

Nouvelle politique et nouvelle langue : le festival parle trois langues

Dans un aspect organisationnel et professionnel frappant, un partenariat intellectuel et médiatique unique a été établi avec le magazine La Diplomatie, qui a contribué à transmettre l’événement avec une approche analytique dépassant la simple information pour atteindre la réflexion, dans la langue universelle : l’anglais, suivie de l’arabe et du français.

La nouvelle direction du Centre Cinématographique Marocain a compris que le Festival National du Film ne pouvait plus rester enfermé dans le binôme linguistique traditionnel qui l’a accompagné pendant des décennies. Elle a choisi d’ouvrir le festival à la langue du monde, l’anglais, langue du cinéma, de l’industrie et de la communication internationale.

Ce choix n’est pas une simple addition linguistique ; c’est une transformation stratégique de la vision culturelle, révélant une conscience profonde que le public et les acteurs du cinéma marocain ne sont plus seulement locaux, et que la majorité des participants, critiques et distributeurs appartiennent aujourd’hui à l’espace anglophone.

Cette ouverture linguistique a conféré au festival une saveur unique et une portée universelle sans équivalent au Maroc ni en Afrique du Nord. Elle confirme que la direction actuelle possède une vision globale, moderne et ouverte sur le monde, rompant avec la dualité linguistique qui avait dominé le festival pendant des années.

Il est également frappant de constater que cette dynamique nouvelle s’accompagne d’un élan jeune et créatif, puisque la majorité des films primés ont été réalisés par de jeunes cinéastes, comme le montrent clairement les vidéos accompagnant cet article.

Le cinéma marocain parle désormais une nouvelle langue : celle de l’image et du monde.

Les générations du cinéma marocain : entre compétition et complémentarité

On remarque que la 25e édition a réuni un large éventail de créateurs de différentes générations : De Nabil Ayouch, qui poursuit son aventure artistique dans la critique sociale, à Daoud Oulad Said, en passant par des visages jeunes comme Maâden El Ghazouani, Randa Maroufi, et Sanaa Akrour, qui font évoluer le cinéma marocain vers des univers plus expérimentaux.

Cette diversité des styles et des écoles reflète une dynamique culturelle marocaine mûre, qui ne cherche plus une identité perdue mais en forge une nouvelle, appartenant au monde tout en restant fidèle à ses racines.

Le festival n’était donc pas seulement un lieu de compétition, mais un laboratoire de vision : comment le cinéma peut-il dire la vérité sans perdre sa beauté ? Comment le réalisateur marocain peut-il traduire l’angoisse du réel en images plutôt qu’en slogans ?

La femme marocaine au cœur de la scène

Il est également remarquable que cette 25e édition ait fortement valorisé la présence féminine, tant dans les jurys que dans les prix d’interprétation, de réalisation et de scénario.

Nisrine Raddi, Rim Fouklia, Sanaa Akrour, Randa Maroufi, Loubna Younsi… des noms qui ne sont plus exceptionnels mais des piliers de la création cinématographique marocaine.

Ce changement n’indique pas seulement une évolution de la pratique artistique, mais témoigne de la maturité de la conscience sociale quant au rôle de la femme dans la construction de la beauté et du sens dans le domaine culturel.

De Tanger au monde : quand le cinéma marocain retrouve sa langue

Le couronnement de « La mer lointaine » n’est pas seulement une reconnaissance d’une œuvre, mais la reconnaissance d’un parcours entier que le cinéma marocain emprunte vers le monde via la qualité et la sincérité artistique.

Dans ce sens, la mer mentionnée dans le titre est un symbole double :
La mer que traverse Nour vers l’inconnu, et la mer que traverse le cinéma marocain vers de nouveaux horizons d’innovation et de réflexion.

En conclusion, ce que le Centre Cinématographique Marocain a accompli à travers cette édition est le rétablissement de la confiance dans le cinéma national comme espace de réflexion collective sur le Maroc que nous vivons et celui que nous voulons.

C’est un moment qui confirme qu’une culture gérée avec intelligence et foi en son rôle peut sauver l’art de la stagnation et la société de l’indifférence.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments