À Laâyoune, un jugement a récemment retenu l’attention : le journaliste Mohamed El Yousfi a été condamné à quatre mois de prison ferme, pour ce qui a été qualifié d’“incitation lors des manifestations de la Génération Z”.
Cet événement dépasse le cadre strictement judiciaire. Il soulève des questions sur la liberté de la presse et les limites de l’expression numérique dans un contexte de contestation sociale et jeunesse.
El Yousfi n’a pas été condamné pour un acte physique ou une action concrète, mais pour le contenu d’une publication qu’il a partagée dans le cadre de sa couverture journalistique des manifestations. Cette publication s’inscrit dans le contexte de la “Génération Z 212”, un mouvement qui combine présence dans la rue et expression sur les réseaux sociaux, et qui reflète les attentes d’une jeunesse cherchant à se faire entendre dans les décisions sociales et politiques.
Cela soulève des questions fondamentales : dans quelle mesure les lois actuelles peuvent-elles appréhender les nouvelles formes d’expression numérique ? L’encadrement légal des manifestations en ligne est-il en adéquation avec les standards de liberté d’expression ?
Les réactions au jugement ont été nombreuses. Des journalistes et acteurs des droits humains locaux ont exprimé leurs inquiétudes sur l’impact de cette décision sur la liberté de la presse. Cependant, le débat reste encadré par les dispositions légales marocaines, qui garantissent le droit à l’expression tout en exigeant responsabilité et respect des lois, notamment en matière de prévention de l’incitation à la violence ou à la haine.
D’un point de vue analytique, ce procès illustre les défis auxquels les médias sont confrontés à l’ère numérique : les journalistes doivent traiter des contenus qui circulent instantanément sur Internet, dans un contexte où le public interagit directement avec l’information, ce qui oblige les institutions et la société à repenser la notion même d’expression et de responsabilité.
Cette affaire pose également une question plus large : les institutions craignent-elles l’expression elle-même ou la manière dont la nouvelle génération exprime ses revendications ? Quel rôle la presse doit-elle jouer pour transformer cette inquiétude en dialogue constructif, équilibrant liberté d’expression et protection de la société ?
Au final, cette affaire n’est pas seulement individuelle : elle reflète un défi sociétal, celui de l’adaptation des États et des sociétés aux transformations numériques et sociales, tout en permettant à la presse de remplir sa mission de transmission de la vérité et d’analyse du réel, dans le respect de la loi et des droits de tous.



