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« La circulaire de Laftit : entre rigueur budgétaire et gestion du mécontentement social »

Lecture entre les lignes du message du ministère de l’Intérieur au cœur du mouvement de la Génération Z

Lorsque Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, adresse une circulaire aux walis, gouverneurs et ordonnateurs des collectivités territoriales sur la préparation des budgets 2026, le geste dépasse la simple gestion administrative.
Ce n’est pas un document technique de plus ; c’est un signal politique finement calibré.
Le moment n’est pas neutre : le pays connaît un bouillonnement social inédit, porté par une jeunesse qui descend dans la rue pour réclamer emploi, justice sociale et dignité.
En toile de fond, cette circulaire traduit la volonté de l’État d’entrer dans une nouvelle phase de gestion financière et territoriale, alignée sur l’appel royal à une “développement régional intégré”.

Derrière les formulations technocratiques, on perçoit clairement le retour du centre dans la conduite du local.
Alors que la régionalisation avancée devait consacrer davantage d’autonomie aux collectivités, le ton du ministère rappelle que la coordination et la cohérence restent entre les mains de l’administration centrale.
L’expression “unifier les efforts” évoque une reprise en main douce mais ferme : l’État entend fixer les priorités et garantir que les budgets locaux s’inscrivent dans une logique d’ensemble.
La décentralisation reste un objectif, mais sous contrôle.

Le contexte social donne une dimension nouvelle à ce texte.
Laftit y parle d’emploi, d’éducation, de santé et de gestion durable de l’eau : autant de thèmes au cœur des revendications de la Génération Z.
Ce n’est pas anodin.
À travers cette circulaire, le pouvoir répond sans s’opposer, tente de désamorcer la contestation par des signaux administratifs et budgétaires.
L’État dit, en substance : nous écoutons, mais nous agissons dans le cadre de nos institutions.
Un message de calme, presque paternaliste : la réforme viendra, mais elle viendra d’en haut.

En insistant sur la rationalisation des dépenses et la lutte contre le gaspillage, le ministre ne cherche pas seulement à restaurer la discipline financière ; il amorce une reconfiguration du pouvoir local.
Les dépenses festives, les déplacements, les frais de réception ou de carburant — souvent sources de clientélisme — sont désormais encadrées.
Cette orientation traduit la volonté d’assainir le champ local, d’en finir avec le “petit régalisme” qui alimentait les réseaux de fidélité politique, et de replacer la gestion territoriale dans une logique d’efficacité et de transparence.

Les références aux lois fiscales (14.25, 47.06, 69.19) révèlent un projet plus large : refonder le contrat financier entre le citoyen et sa collectivité.
Mais cette refondation pourrait se heurter à des réalités sociales : taxer les terrains non bâtis ou réévaluer la fiscalité locale dans un contexte de fragilité économique comporte un risque politique évident.
La réforme est nécessaire, mais elle risque d’être perçue comme une nouvelle charge sur des ménages déjà éprouvés.
C’est tout le paradoxe d’un État qui prône la responsabilité financière sans offrir encore les leviers politiques de l’autonomie locale.

Le ton du document est mesuré, presque chirurgical : il mêle fermeté et apaisement.
L’exigence de “respect des délais” voisine avec l’appel à “favoriser les projets à impact concret”.
Cette double tonalité illustre une méthode éprouvée du ministère de l’Intérieur : maintenir la rigueur tout en affichant la cohésion nationale.
C’est un langage administratif empreint de politique — discret mais ferme, institutionnel mais stratégique.

Face à la colère du terrain, l’État choisit de parler en langage budgétaire.
Pas de slogans ni de promesses, mais des chiffres, des échéances, des cadres d’action.
La circulaire de Laftit incarne cette réponse technocratique à une demande sociale explosive : une réforme par la comptabilité.
Reste à savoir si la modernisation des procédures suffira à répondre à une génération qui réclame sens, équité et participation.
Car au-delà des bilans et des budgets, le Maroc entre dans une ère où la question n’est plus seulement de gérer, mais de comprendre un nouveau rapport entre l’État et sa jeunesse.

Conclusion
Laftit stabilise le tempo institutionnel dans un moment de tension.
Mais le véritable défi pour l’État marocain n’est plus seulement de maîtriser les chiffres : il est d’accorder son langage administratif au souffle d’une société qui change.

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