La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a réagi avec une célérité remarquable à la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux montrant deux policiers, en uniforme, s’en prendre violemment à un jeune homme dans une rue marocaine.
Selon le communiqué relayé par la chaîne publique 2M, la DGSN a mandaté l’Inspection générale de la sûreté nationale pour ouvrir une enquête approfondie afin d’établir les circonstances exactes de l’incident et de déterminer les responsabilités professionnelles et légales qui en découlent.
Mais au-delà de ce geste salué, une série de questions s’impose :
Qu’en est-il des faits qui ne sont pas filmés ?
Des comportements humiliants qui échappent à l’œil public, dans certains commissariats ou dans les recoins d’une ruelle ?
Le citoyen marocain doit-il toujours brandir une caméra pour défendre sa dignité ? Ou ne serait-il pas temps d’ancrer, dans la formation policière, une culture du respect des droits humains au cœur même de la pratique professionnelle ?
Le communiqué parle d’« une enquête minutieuse pour déterminer les responsabilités ». Une formule prudente, certes, mais le véritable enjeu dépasse la sanction disciplinaire individuelle. Il s’agit de revisiter la relation entre le pouvoir sécuritaire et la société, entre la nécessité d’assurer l’ordre public et l’obligation de préserver la dignité humaine.
La question de la confiance entre le citoyen et l’institution policière reste donc centrale :
Le Marocain ordinaire se sent-il réellement protégé et écouté lorsqu’il est victime d’un comportement abusif ?
Existe-t-il des mécanismes indépendants capables de garantir l’impartialité et la transparence dans ces affaires sensibles ?
Dans le même temps, il serait injuste d’ignorer les pressions et les risques auxquels sont confrontés les agents de terrain. Leur mission, souvent difficile et ingrate, exige un accompagnement psychologique et professionnel adapté, afin d’éviter que la tension du quotidien ne se transforme en brutalité.
L’ouverture de cette enquête constitue une démarche positive. Mais elle ne doit pas rester une réaction ponctuelle à la viralité d’une vidéo. Elle devrait être le point de départ d’une réforme plus profonde : celle qui refonde la relation entre le citoyen et le policier sur la base du respect mutuel, de la responsabilité partagée et de la confiance réciproque, conditions essentielles d’une société juste et apaisée.


