Neuf jours de manifestations continues ont suffi pour que les jeunes générations fassent entendre leur voix : la patience n’est plus une politique, et les promesses ne guérissent plus les blessures sociales.
De la place Sraghna à Casablanca jusqu’à Rabat, Fès ou Marrakech, les slogans résonnent d’une même voix : « Akhannouch dégage », « Le peuple veut la lutte contre la corruption », « Liberté, dignité, justice sociale ».
Le mouvement “Génération Z 212”, né dans les espaces numériques et fort de plus de 187 000 membres sur la plateforme Discord, redéfinit le concept même de mobilisation citoyenne au Maroc : une génération sans parti ni syndicat, qui s’exprime librement, caméra en main, et qui écrit sa propre narration du réel.
Au-delà des manifestations : une crise de représentation et un sentiment de vide
Cette vague de protestation n’est pas sortie du néant. Elle est le fruit d’années de déséquilibres sociaux, de précarité des services publics et d’une érosion profonde de la confiance dans les institutions politiques.
Une jeunesse qui considère que le gouvernement actuel — dirigé par Aziz Akhannouch — n’a pas tenu ses promesses de “l’État social”, privilégiant la communication à la réforme.
Le Parlement paraît absent du débat public, tandis que les partis politiques traditionnels peinent à offrir des réponses crédibles à une génération qui ne croit plus à la médiation classique.
C’est une crise de représentation : la jeunesse ne se reconnaît plus dans les canaux institutionnels et choisit la rue, réelle et virtuelle, pour se faire entendre.
Le danger du moment : quand la rue doute de l’écoute
Les manifestations demeurent pacifiques, mais le risque majeur réside dans l’indifférence institutionnelle, qui peut rapidement se transformer en défiance généralisée.
Une gestion strictement sécuritaire ne ferait que gagner du temps ; elle ne résout rien. La Génération Z est instruite, connectée, comparant chaque décision nationale aux standards européens ou internationaux.
Toute erreur de perception ou de communication pourrait transformer une revendication sociale en crise de confiance politique.
Le Palais face à l’attente : le discours royal, moment de vérité
Tous les regards se tournent vers le discours royal d’ouverture de la session parlementaire, prévu vendredi prochain — un moment décisif entre deux trajectoires possibles :
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soit une approche proactive reconnaissant les déséquilibres et annonçant des réformes concrètes ;
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soit un discours général et prudent, interprété comme un signe d’éloignement du terrain social.
La jeunesse n’attend plus des promesses, mais des mesures tangibles :
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En santé : amélioration réelle des infrastructures et des services de base ;
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En éducation : lutte contre le décrochage scolaire et valorisation des enseignants ;
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En économie : emploi, entrepreneuriat et fin des privilèges ;
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En gouvernance : transparence et redevabilité dans la lutte contre la corruption.
Que faire ? Une feuille de route réaliste
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Reconnaître les dysfonctionnements : première étape de toute réforme crédible. Un discours royal clair sur la nécessité d’un sursaut collectif restaurerait immédiatement la confiance.
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Lancer un plan social d’urgence sur 90 jours pour la santé et l’éducation, avec indicateurs mesurables et suivi parlementaire.
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Ouvrir un dialogue structuré avec la jeunesse, via des plateformes numériques ou des conseils régionaux participatifs.
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Garantir la transparence dans l’enquête sur les incidents de violence ; seule la justice rapide et indépendante peut rétablir la confiance.
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Initier une réforme politique plus profonde, redéfinissant le rôle des partis et du tissu associatif dans la médiation entre l’État et les citoyens.
Après la colère, l’opportunité
La Génération Z n’est pas une menace ; elle représente une opportunité historique pour réinventer le contrat social.
Derrière la colère se cache une énergie civique immense, une volonté d’appartenance et de participation.
Ce que ces jeunes demandent n’est pas révolutionnaire : c’est le respect du droit à la dignité, à la justice, à la santé et à l’éducation — autant de droits inscrits dans la Constitution.
L’intelligence politique réside dans la capacité à canaliser cette énergie vers la proposition plutôt que la confrontation.
Conclusion : entre l’écoute et le déni, la confiance nationale en jeu
Le Maroc se trouve aujourd’hui à un tournant historique :
soit il renouvelle sa relation de confiance avec sa jeunesse,
soit il laisse grandir une distance qui pourrait fragiliser le pacte social.
Le discours royal de vendredi ne sera pas seulement une ouverture parlementaire ;
il pourrait être la boussole d’une nouvelle ère de dialogue entre l’État et la société.
Car l’Histoire, souvent, ne retient pas ceux qui ont parlé les premiers,
mais ceux qui ont su écouter à temps.
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