Un haut responsable au sein de la Chambre des représentants a affirmé, jeudi dernier, au site Hespress, que la première chambre était prête à jouer un rôle de médiation entre les jeunes manifestants et le gouvernement, dans le but de trouver une issue collective garantissant la satisfaction des revendications exprimées sur la scène nationale.
Cependant, une lecture analytique de cette déclaration soulève plusieurs questions importantes : l’objectif est-il réellement de résoudre la situation, ou simplement de gagner du temps ? Et quelles sont les limites de la capacité du Parlement à influencer le cours de manifestations qui ont émergé en dehors des structures traditionnelles ?
Revendications légitimes… et moyens clairs de dialogue
La source appelle les dirigeants du mouvement « Gen Z 212 » à désigner des interlocuteurs officiels capables de négocier, insistant sur la nécessité de s’engager dans un véritable dialogue et d’éviter de glisser vers l’inconnu. Ce point révèle un problème fondamental : comment un groupe de jeunes, connecté aux réseaux numériques et aux manifestations décentralisées, peut-il adopter des mécanismes de négociation traditionnels ? Et le Parlement peut-il imposer cette logique sans un soutien populaire complet ?
Parallèlement, la source reconnaît que les revendications des jeunes sont « légitimes dans leur ensemble » et portent sur des questions sociales et économiques telles que la justice sociale, l’égalité des chances, et l’amélioration des services de santé et d’éducation. Cette reconnaissance, malgré son importance, ouvre une question centrale : si les mêmes revendications sont déjà soulevées au sein de l’hémicycle par les députés, pourquoi n’ont-elles pas encore été satisfaites ? Et le simple dialogue entre le Parlement et la jeunesse suffira-t-il à changer la réalité, ou ne fera-t-il que reporter l’affrontement réel avec les crises du système socio-économique ?
Le Parlement comme médiateur… est-ce suffisant ?
La source insiste sur le fait que le Parlement, en tant qu’institution constitutionnelle représentant tous les Marocains, se met à disposition de toute initiative visant à combler le fossé, dans le cadre des droits et mécanismes de médiation prévus par la Constitution. Mais une lecture attentive révèle que ces propos ont plusieurs objectifs : rassurer l’opinion publique, envoyer un message au gouvernement que le Parlement suit la situation et est prêt à agir, tout en conservant sa position de médiateur, loin de l’assumer directement toute responsabilité en cas d’escalade. Ce médiateur traditionnel est-il capable de gérer des manifestations de la « génération numérique », caractérisées par leur absence de structure et leur rapidité de changement ?
Garanties légales et question des forces dominantes
Concernant la question de la responsabilité juridique des manifestants, la source précise que « de nombreuses garanties précéderont cette étape », soulignant le contrôle sur l’origine des manifestations : interne ou externe. Cette précision reflète une inquiétude que les protestations puissent être instrumentalisées depuis l’extérieur, mais soulève également des questions éthiques et politiques : comment distinguer les revendications sociales légitimes de toute intervention extérieure possible, sans porter atteinte aux droits des jeunes à s’exprimer ?
L’histoire se répète… Les canaux traditionnels suffisent-ils ?
La source fait référence à l’expérience du mouvement du 20 février, où l’État disposait d’interlocuteurs officiels. Aujourd’hui, la situation est différente : les manifestations sont numériques, jeunes et moins soumises aux cadres traditionnels. Cela pose un nouveau défi : comment les institutions traditionnelles, y compris le Parlement, peuvent-elles réagir efficacement à des manifestations flexibles et en évolution rapide ? Le dialogue mènera-t-il à des résultats concrets, ou restera-t-il un « processus symbolique » pour calmer la rue ?
Conclusion analytique
Le Parlement semble prêt à jouer un rôle de médiateur, la jeunesse est appelée à fournir des canaux de négociation clairs, et les revendications sociales et économiques sont légitimes et bien connues. Mais ce qui inquiète, c’est le décalage entre les intentions et les moyens, entre le format traditionnel de médiation et la nature des protestations de la génération numérique. La grande question demeure : cette démarche établira-t-elle un dialogue réel capable de résoudre la crise, ou ne constitue-t-elle qu’un moyen de gagner du temps et de reporter un affrontement plus profond avec les déséquilibres économiques et sociaux ?



