Les autorités algériennes ont anticipé les appels à manifester qui ont circulé sur les réseaux sociaux vendredi, dans le cadre du mouvement connu sous le nom de « Génération Z 213 », en déployant un dispositif de sécurité massif dans les rues de la capitale, tout en instillant un climat de peur et en suggérant la présence de « mains étrangères » derrière ces mobilisations, avec une mention explicite du Maroc dans le discours officiel et médiatique.
Le régime algérien semble avoir choisi une approche préventive pour étouffer tout mouvement populaire potentiel, combinant deux volets : l’usage des forces de sécurité pour contenir les rassemblements et la diffusion de messages médiatiques visant à présenter toute protestation interne comme faisant partie d’une conspiration étrangère menaçant la stabilité nationale. Cela est clairement illustré dans un communiqué de l’Agence Algérienne de Presse, qui a tenté de projeter l’image d’une Algérie « État social modèle », offrant des filets de protection sociale, des soins de santé et une éducation gratuits, tout en dénonçant « l’exploitation par certaines forces étrangères » des appels au mouvement.
Cependant, des observateurs et opposants politiques, comme Chawki Ben Zahra, soulignent que les autorités n’ont pas attendu la formation de rassemblements pour intervenir : elles ont procédé à un déploiement sécuritaire massif, accompagnée de messages visant à semer la peur et à évoquer les ingérences étrangères, une rhétorique désormais familière lors de crises internes en Algérie. Cette stratégie soulève des interrogations quant à la capacité du régime à développer de nouveaux outils de gestion de crise, au-delà des accusations préfabriquées contre l’étranger ou le voisin marocain.
Le député algérien Abdelouahab Yaâkoubi reconnaît, pour sa part, qu’une partie des appels sur les réseaux sociaux émane effectivement de jeunes Algériens souhaitant exprimer leurs opinions à l’ère numérique, tout en précisant l’existence « d’initiatives coordonnées ou financées par des acteurs étrangers » visant à exploiter les réseaux sociaux pour tester les réactions sécuritaires ou influencer l’opinion intérieure et extérieure.
Comparaison avec le Maroc :
Au Maroc, l’approche gouvernementale face aux protestations économiques et sociales tend à combiner dialogue institutionnel avec les jeunes et interventions préventives limitées, tout en respectant la liberté d’expression dans le cadre légal. En revanche, l’Algérie adopte un modèle sécuritaire strict, anticipant les manifestations et encadrant tout type d’expression populaire avant même qu’elle ne se produise.
Questions pour une analyse approfondie :
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Dans quelle mesure l’approche sécuritaire préventive est-elle efficace pour maintenir la stabilité à long terme ?
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Quels sont les effets potentiels de cette stratégie sur la confiance entre l’État et les citoyens ?
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Comment concilier la sécurité nationale avec le respect des libertés fondamentales en Algérie ?
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Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience marocaine dans la gestion des protestations jeunes, comparativement à l’approche algérienne ?
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L’usage du discours sur les « mains étrangères » est-il devenu un outil permanent de justification de la répression, ou une mesure temporaire ?
Conclusion :
La tension entre la jeunesse algérienne et le pouvoir révèle une crise profonde de confiance, où les défis économiques et sociaux se mêlent à la crainte des autorités face à tout mouvement populaire. L’approche sécuritaire préventive, bien qu’efficace pour empêcher les rassemblements, pourrait accentuer le ressentiment social à long terme. À l’inverse, l’expérience marocaine montre que l’équilibre entre intervention sécuritaire et dialogue institutionnel peut atténuer la contestation tout en respectant la liberté d’expression, une leçon qui pourrait susciter un débat important en Algérie.



