À peine le pays avait-il digéré les événements d’hier que la scène nationale s’est embrasée autour d’un nom : « Génération Z 212 ».
Dans plusieurs villes, des jeunes ont tenté de manifester pour réclamer une réforme du système éducatif et l’amélioration des services de santé publique. La réponse des autorités a été immédiate : interdiction des rassemblements, interventions musclées et arrestations par dizaines.
Des images et vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont ravivé une question sensible :
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Le Maroc recule-t-il sur les libertés qu’il disait avoir consolidées ?
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Ou bien l’État se trouve-t-il face à une génération nouvelle, plus audacieuse que celles qui l’ont précédée ?
Réactions des organisations de droits humains et des partis politiques
Les condamnations n’ont pas tardé. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a réclamé une « enquête impartiale et urgente » sur ce qu’elle qualifie d’« usage excessif de la force », soulignant que l’État se doit de respecter la liberté d’expression et de réunion pacifique.
De son côté, Mohamed Zhari, ancien président de la Ligue marocaine pour la défense des droits humains, a dénoncé une violation de la Constitution et une atteinte à « l’image du Maroc à l’international ».
Sur le plan politique, le Parti socialiste unifié n’a pas caché son indignation. Son secrétaire général, Jamal El Assri, est même allé jusqu’à évoquer une éventuelle boycott des prochaines élections, estimant que les arrestations avaient « ramené le pays des années en arrière ».
Le Parti de la justice et du développement (PJD), quant à lui, a tenu le gouvernement pour responsable de la dégradation des conditions sociales et de la montée de la contestation, appelant à une « approche sage » et à la libération immédiate des jeunes arrêtés.
La Génération Z : un acteur inédit, sans intermédiaires
L’épisode de samedi révèle l’émergence d’un acteur singulier : des jeunes affranchis des cadres partisans ou syndicaux, exprimant leurs revendications de manière directe et numérique. Cette indépendance leur confère une capacité de mobilisation rapide mais place aussi l’État devant un défi inédit : dialoguer avec une jeunesse qui ne reconnaît plus les canaux traditionnels de médiation.
Une crise de confiance qui s’aggrave
Entre ceux qui y voient un retour aux années de répression et ceux qui relativisent l’incident, un constat s’impose : la fracture de confiance entre la jeunesse et l’État s’élargit. Plus encore, les revendications mises en avant – santé et éducation – ne relèvent pas de slogans idéologiques, mais de droits fondamentaux. Leur répression peut donc nourrir une colère encore plus profonde.
Vers quel horizon ?
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L’approche sécuritaire restera-t-elle la réponse privilégiée à toute expression contestataire ?
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Ou bien les autorités oseront-elles ouvrir des canaux de dialogue avec cette génération qui frappe à la porte de la politique par des chemins inédits ?
Les événements d’hier ne sont pas qu’une manifestation interdite de plus. Ils marquent un test crucial pour la relation entre l’État et sa jeunesse. Une génération qui refuse le silence et qui pourrait, demain, imposer sa propre lecture de l’avenir du pays.



