Dans un paysage politique marocain saturé de discours convenus et de promesses creuses, Mohamed Ouzzine, secrétaire général du Mouvement Populaire, choisit de rompre avec la langue de bois. Son entretien avec Le360 n’était pas une simple déclaration médiatique, mais un véritable plaidoyer politique qui replace le citoyen au cœur du débat et met le gouvernement face à ses contradictions.
Le Mouvement Populaire : unité au-delà des divergences
Dès l’entame, Ouzzine a tenu à lever les doutes : le MP reste soudé malgré les rumeurs d’« affrontements internes ». La relation avec Idriss Sentissi, président du groupe haraki au Parlement, est décrite comme un prolongement naturel d’un long compagnonnage militant. Quant aux figures comme Fatima Zahra Sentissi, elles incarnent des compétences authentiques au service du parti.
Ainsi, Ouzzine cherche à projeter l’image d’un parti stable et cohérent, contrastant avec les divisions qui minent certaines formations de la majorité.
Le gouvernement : des chiffres sans impact
Le cœur de son message vise l’exécutif. Aux yeux d’Ouzzine, les grands chantiers – protection sociale, santé, éducation – demeurent des projets inachevés, déconnectés du vécu quotidien des Marocains. Le gouvernement se contente de produire des « chiffres impressionnants », mais qui n’améliorent en rien la vie des familles confrontées à la cherté de l’eau et de l’électricité, aux hôpitaux en crise et aux écoles rurales fermées dès la rentrée.
Par ce contraste entre statistiques officielles et réalités locales – de Talsint aux villages frontaliers – Ouzzine démontre la distance abyssale entre la communication gouvernementale et le terrain.
L’État social : un projet royal mal traduit
Le secrétaire général du MP reconnaît la noblesse du projet d’État social impulsé par le Roi. Mais, souligne-t-il, la mise en œuvre gouvernementale reste très en deçà des attentes. La généralisation de la couverture médicale s’est réduite à une carte sans services réels, tandis que l’éducation continue de reculer malgré des discours triomphalistes.
La question implicite qu’il pose est lourde de sens : s’agit-il de réformes structurelles ou de simples mesures cosmétiques destinées à nourrir la propagande ?
Le monde rural : le grand oublié
Ouzzine insiste également sur l’injustice territoriale persistante. Les propositions de loi portées par le MP – sur les zones montagneuses, les oasis ou les régions frontalières – n’ont pas trouvé d’écho. Le secrétaire général plaide pour une agence dédiée au développement du front de 1 000 km qui borde l’Algérie, véritable « no man’s land » en matière d’infrastructures et d’investissements. Une manière de rappeler que le MP n’a pas oublié sa matrice originelle : le monde rural.
Bilan gouvernemental : un retard généralisé
Pour Ouzzine, les faits sont clairs : l’exécutif a accumulé du retard dans presque tous les secteurs stratégiques – santé, éducation, emploi, développement social. Même la promesse phare de créer un million de postes de travail a tourné au fiasco, aggravant la crise du chômage.
Son discours se distingue d’une opposition classique : il vise à recentrer le débat public, en déplaçant l’attention des statistiques officielles vers le quotidien tangible des citoyens.
Lecture en profondeur
Cet entretien révèle un leader politique qui veut incarner la figure du « responsable crédible », capable de dire aux Marocains : « Je vois ce que vous vivez, je parle votre langue, et je défends vos préoccupations. »
Ce positionnement tranche dans un champ politique où trop de responsables se réfugient derrière des bilans technocratiques. Avec ce style direct et ancré dans le réel, Ouzzine cherche à redonner confiance aux citoyens dans l’action politique, en réconciliant discours et vécu.



