Dans un geste qui a attiré l’attention des observateurs politiques, l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption a annoncé son intention de contribuer à garantir l’intégrité des prochaines élections législatives prévues en 2026. Cette décision, inscrite dans ses prérogatives constitutionnelles, vise à moraliser la vie publique et à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions.
Mais cette initiative soulève une question centrale : s’agira-t-il d’une participation symbolique ou d’un véritable levier de transformation pour assainir le processus électoral, longtemps marqué par l’ombre de l’argent et du clientélisme ?
Contexte politique : entre pressions sociales et calculs partisans
Cette annonce intervient alors que s’intensifie le débat sur la nécessité de mettre fin aux « figures corrompues » de la scène électorale. Les principaux partis politiques – Justice et Développement (PJD), Authenticité et Modernité (PAM), Istiqlal et Progressistes et Socialistes (PPS) – ont plaidé pour le renouvellement de la classe politique et l’interdiction de candidature pour les personnalités soupçonnées de pratiques frauduleuses.
Cependant, une divergence majeure persiste : qui doit superviser le processus électoral ?
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Certains, comme la gauche unifiée, réclament la création d’une instance indépendante.
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D’autres, tel le PPS, défendent le maintien du rôle central du ministère de l’Intérieur, garant selon eux de l’efficacité et de l’expérience.
La bataille des lois électorales
Le ministère de l’Intérieur examine actuellement les propositions déposées par les partis afin d’élaborer de nouveaux projets de loi. Ceux-ci devront ensuite passer par l’examen du gouvernement, puis du Parlement. Ici réside l’enjeu : ces textes refléteront-ils une véritable volonté de réforme ou resteront-ils prisonniers des équilibres partisans ?
Le talon d’Achille : l’argent électoral
Les analystes s’accordent sur un constat : l’achat de voix et l’usage massif de l’argent électoral représentent le principal obstacle à des scrutins libres et transparents au Maroc. Les scrutins passés ont montré que ces pratiques banalisées fragilisent la démocratie et détournent le vote citoyen de sa signification. La Haute Autorité dispose-t-elle de moyens réels pour enrayer ces dérives, ou se limitera-t-elle à des rapports de constatation sans effet contraignant ?
Enjeux et interrogations
La participation de l’Instance à la surveillance du scrutin ouvre la voie à de nombreuses interrogations :
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Aura-t-elle un droit de suite, avec la possibilité d’investiguer et de saisir la justice ?
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Comment articulera-t-elle ses missions avec celles du ministère de l’Intérieur ?
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Le citoyen marocain, souvent désabusé, croira-t-il de nouveau en la valeur de son vote ?
Regards comparatifs : leçons de l’étranger
Dans plusieurs pays, comme l’Inde avec sa Commission électorale ou le Mexique avec son Institut national électoral, des autorités indépendantes ont réussi à instaurer un cadre plus crédible et dissuasif contre la corruption électorale. Le Maroc pourrait-il s’inspirer de ces modèles, ou restera-t-il fidèle à un système hybride, entre supervision ministérielle et contrôle institutionnel limité ?
Conclusion : la bataille de la confiance avant celle des urnes
La véritable épreuve des élections de 2026 ne se jouera pas uniquement dans la conquête des sièges parlementaires, mais dans la capacité de l’État et des institutions à restaurer la confiance des citoyens. Si l’implication de l’Instance nationale de probité constitue un signal encourageant, le défi demeure immense : traduire les discours sur la moralisation de la vie politique en pratiques concrètes, capables de redonner sens au geste électoral.



