Malgré l’annonce de larges avantages fiscaux par Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, les résultats sportifs du Maroc demeurent faibles : de Rio à Tokyo en passant par Paris, les échecs se répètent. La question demeure : s’agit-il d’une véritable réforme du sport marocain ou d’une manœuvre politique pour embellir le bilan d’un gouvernement en fin de mandat ?
Des promesses séduisantes sur le papier
Lekjaa a détaillé une série de mesures incitatives :
-
Exonération totale de l’impôt sur les sociétés pour les fédérations et associations sportives reconnues d’utilité publique.
-
Neutralité fiscale pour la transformation des associations en sociétés sportives.
-
Exonération d’impôt pendant cinq ans pour les nouvelles sociétés sportives.
-
Abattements fiscaux pouvant atteindre 90 % sur les salaires des sportifs et entraîneurs durant une phase transitoire.
-
Réduction progressive de l’impôt sur les sociétés d’ici 2026.
En apparence, ces mesures semblent ambitieuses, alignant le secteur sportif sur les dispositifs fiscaux réservés aux grands secteurs économiques.
Le paradoxe : des moyens financiers sans résultats
Mais la réalité reste cruelle : les performances internationales du Maroc demeurent décevantes, hormis quelques succès individuels isolés. Depuis des décennies, le constat est le même : présence symbolique aux Jeux olympiques, médailles rares, incapacité à rivaliser avec les grandes nations sportives.
À l’inverse, le Kenya et l’Éthiopie ont construit leur suprématie mondiale en athlétisme grâce à une formation rigoureuse dès le plus jeune âge, sans recourir à des exonérations fiscales massives. L’Espagne, quant à elle, a transformé son paysage sportif en vingt ans en réformant ses fédérations et en investissant massivement dans les infrastructures et les clubs, devenant une référence tant au niveau olympique que footballistique.
La différence réside dans la clarté de la stratégie et la rigueur du suivi, plus que dans le volume des incitations fiscales.
Les points positifs
-
Un cadre légal attractif pour l’investissement privé : ces exonérations pourraient encourager les entreprises à investir dans les clubs et les infrastructures.
-
Allégement des charges des fédérations et associations : libérant des ressources pour le développement sportif.
-
Encouragement de la professionnalisation : les abattements sur les salaires rendent plus viable la signature de contrats professionnels.
Les risques et limites
-
Risque d’exploitation sans contrepartie sportive : comme l’a montré l’échec de programmes passés (ex. « Moukawalati »), certains acteurs pourraient profiter des avantages fiscaux sans produire de résultats.
-
Absence de mécanismes de suivi et d’évaluation : aucune garantie que les fonds soient utilisés pour la formation ou la performance sportive.
-
Décalage entre discours et performances : alors que le soutien financier s’accroît, les résultats internationaux stagnent.
Des questions essentielles
-
Le gouvernement cherche-t-il réellement à améliorer la compétitivité sportive du Maroc, ou à afficher une réforme symbolique avant la fin de son mandat ?
-
Comment lier les exonérations fiscales à des indicateurs de performance mesurables (médailles, résultats, formation) ?
-
Existe-t-il une stratégie nationale cohérente pour former sportifs et entraîneurs, à l’instar des modèles internationaux réussis ?
-
Quelles garanties de transparence et de gouvernance accompagnent ce dispositif fiscal généreux ?
Conclusion
Les annonces de Lekjaa représentent une politique fiscale ambitieuse qui pourrait transformer le sport marocain… si elles sont accompagnées d’une réforme structurelle profonde. Le risque majeur est de voir ces mesures se réduire à une opération de communication pour un gouvernement en fin de cycle, sans impact réel sur les performances.
Le sport marocain n’a pas seulement besoin d’allègements fiscaux. Il a besoin d’une révolution dans la gestion, la formation et la planification, ainsi que d’une stricte corrélation entre soutien public et résultats tangibles.



