Le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger : entre discours prestigieux et absence d’action concrète
Depuis sa création en 2007, le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME) est censé servir de passerelle entre le Maroc et ses citoyens résidant à l’étranger, défendre leurs intérêts et promouvoir leurs droits politiques, sociaux et économiques. Pourtant, après plus de quinze ans, cette passerelle, malgré son éclat discursif, reste fragile face aux défis du terrain.
Cadre légal et réalité opérationnelle
Le Dahir royal confère au Conseil un rôle consultatif : suivre la situation des Marocains de l’étranger, émettre des recommandations et contribuer à l’élaboration des politiques publiques. Dans la pratique, l’activité culturelle et intellectuelle domine, avec une attention particulière à la lecture des discours royaux et à la publication d’articles. Peu d’initiatives concrètes ont été mises en œuvre pour renforcer les droits des Marocains à l’étranger ou pour soutenir leur représentation politique.
Budget et impact réel
Le Conseil bénéficie de crédits de l’État, principalement consacrés aux conférences, colloques et études. Bien que ces dépenses soient légales, leur impact réel sur la vie des Marocains de l’étranger demeure limité : les services consulaires, les facilités administratives, les projets économiques, ainsi que la représentation parlementaire, restent largement en attente d’activation.
Représentation politique absente
Malgré les appels répétés pour renforcer la participation politique des Marocains à l’étranger, le Conseil n’a pas réussi à promouvoir des circonscriptions électorales ou à obtenir des sièges au Parlement ou au Conseil des Conseillers. En conséquence, une diaspora économiquement et culturellement stratégique demeure exclue des processus décisionnels.
Comparaison internationale
En Italie, les expatriés élisent directement des députés qui les représentent au Parlement. En France, le Conseil des Français de l’Étranger dispose d’une représentation élective effective. La Tunisie, depuis 2014, a réservé des sièges parlementaires aux citoyens vivant à l’étranger. En comparaison, le CCME reste une structure consultative, dépourvue de pouvoir décisionnel réel.
Critique adressée au Conseil
Dans sa configuration actuelle, le Conseil semble privilégier la satisfaction des autorités supérieures par des activités intellectuelles et médiatiques plutôt que la défense concrète des intérêts des Marocains à l’étranger. Ce constat ne relève pas d’une critique personnelle, mais de l’absence d’initiatives tangibles et de l’évaluation officielle de l’impact des activités du Conseil sur le terrain.
Recommandations urgentes
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Restructurer le Conseil avec des élections transparentes par continent.
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Assurer une représentation effective des Marocains de l’étranger au Parlement et au Conseil des Conseillers.
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Obliger le Conseil à publier annuellement des rapports détaillés sur le budget, les activités et les résultats.
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Créer une cellule pour accompagner les investissements et projets économiques des Marocains du monde.
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Renforcer la communication directe avec la diaspora via des tournées continentales et des plateformes numériques.
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Limiter le mandat des responsables à quatre ans maximum.
Conclusion
Le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger, malgré son rayonnement médiatique et intellectuel, demeure incapable de remplir son rôle véritable de représentant et d’acteur des intérêts des Marocains à l’étranger. Une réforme urgente n’est pas un luxe mais une nécessité nationale pour transformer les discours en politiques concrètes et garantir que chaque Marocain à l’étranger se sente entendu et protégé.



