Le 17 septembre 2015, le Royaume d’Arabie Saoudite et la République islamique du Pakistan ont signé un accord de défense conjoint. Certains y ont vu une simple mise à jour d’une relation historique remontant aux années 1960. Mais l’analyse détaillée de cet accord révèle des dimensions stratégiques susceptibles d’influencer l’équilibre des forces dans le monde islamique et au-delà.
Une alliance militaire à portée mondiale
L’accord réunit deux armées puissantes : l’armée pakistanaise, deuxième puissance militaire du monde musulman et douzième mondiale, et l’armée saoudienne, deuxième en Arabie et vingt-quatrième mondiale, toutes deux dotées d’équipements modernes et de forces importantes.
La dimension nucléaire ajoute une couche supplémentaire : le Pakistan possède des capacités nucléaires avancées, tandis que l’Arabie Saoudite développe des réacteurs civils. Cette combinaison renforce la capacité de dissuasion stratégique, notamment avec une clause stipulant que toute agression contre l’un des deux pays est considérée comme une agression contre l’autre, élevant le niveau de coordination militaire et de renseignement à son maximum.
Économie et équilibre régional
L’Arabie Saoudite, première puissance économique arabe et dixième mondiale, avec une production pétrolière quotidienne d’environ 5,9 millions de barils, représente un acteur économique majeur. Le Pakistan, quant à lui, souffre d’un déficit énergétique important et importe 85 % de ses besoins. La coopération bilatérale pourrait atténuer ces pressions et renforcer la position régionale de l’Arabie Saoudite, faisant de cette alliance une plateforme stratégique à la fois militaire et économique.
Dimensions sociales et migratoires
En Arabie Saoudite, près de 2,64 millions de Pakistanais constituent l’une des plus grandes communautés étrangères, travaillant dans la construction, les services, l’éducation et la santé. Malgré la puissance militaire du partenariat, l’accord n’inclut aucune disposition directe pour améliorer les conditions de vie des travailleurs ou leur résidence permanente. Toutefois, il ouvre la porte à des discussions sur de possibles bénéfices futurs pour cette communauté à la suite de changements politiques ou économiques issus de l’alliance.
Dimension stratégique et impact sur Israël
L’accord ne se limite pas à la défense commune : il envoie un message stratégique clair. Deux puissances musulmanes, avec leur expertise militaire, nucléaire et économique, peuvent constituer un facteur de dissuasion face aux menaces régionales. Dans le contexte de l’escalade israélienne en Palestine, au Yémen et en Syrie, la question se pose : cette alliance pourrait-elle redessiner l’équilibre des forces et modifier les équations de dissuasion vis-à-vis d’Israël ?
Questions analytiques majeures
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Dans quelle mesure le lien entre la puissance militaire saoudienne et l’expertise nucléaire pakistanaise constitue-t-il une véritable dissuasion contre les menaces régionales ?
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Cette alliance pourrait-elle ouvrir la voie à une unité musulmane plus large, incluant d’autres pays arabes et musulmans, et redéfinir les alliances traditionnelles ?
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Quel impact l’accord pourrait-il avoir sur le conflit israélo-palestinien, notamment face aux attaques israéliennes répétées après les sommets arabes ?
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L’alliance pourrait-elle améliorer à long terme les conditions de vie des travailleurs pakistanais en Arabie Saoudite ?
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Représente-t-elle le début d’une nouvelle ère pour le monde musulman face aux défis stratégiques, économiques et politiques ?
Conclusion
L’accord saoudo-pakistanais dépasse la simple coopération militaire ; il constitue une plateforme stratégique multidimensionnelle couvrant les aspects militaires, nucléaires, économiques et sociaux. Avec une mise en œuvre effective de la coordination militaire et du renseignement, et éventuellement un élargissement à la coopération économique et culturelle, cette alliance pourrait représenter une étape décisive dans la réorganisation des équilibres régionaux et inaugurer une nouvelle phase d’unité et de force pour le monde musulman face aux défis internationaux et régionaux.



