Alors que l’affaire de « l’hôpital de la mort » d’Agadir continue de susciter colère et indignation, et que les sit-in se multiplient du nord au sud, le chef du gouvernement et secrétaire général du RNI, Aziz Akhannouch, a choisi Marrakech pour dresser un bilan positif de son action.
Mais son discours, centré sur les grandes « réalisations », n’apparaît-il pas déconnecté du vécu quotidien des Marocains ?
Santé : entre rhétorique de réforme et détresse citoyenne
Le chef du gouvernement a rappelé l’adoption de lois, l’augmentation des budgets et la construction de nouveaux CHU. Il a mis en avant les « groupements sanitaires territoriaux », censés gagner en autonomie. Pourtant, une interrogation centrale demeure :
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Comment parler de réussite alors que les urgences débordent, que les patients patientent des heures, et que certaines infrastructures s’écroulent sous le poids du manque ?
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Ces projets futurs suffisent-ils à faire oublier la réalité brutale de milliers de familles confrontées chaque jour à des hôpitaux sinistrés ?
Les visites du ministre de la Santé dans les régions et les vagues de limogeages n’ont pas apaisé la rue. Le discours d’Akhannouch ne risque-t-il pas de rouvrir un fossé avec une opinion publique déjà méfiante ?
Éducation : « écoles de la relève » ou vitrine électorale ?
Le chef du gouvernement a insisté sur le programme des « écoles et collèges pionniers », censé couvrir l’ensemble du territoire d’ici 2027. Mais là encore, plusieurs questions se posent :
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S’agit-il d’une réelle transformation du système éducatif ou d’une opération de communication recyclant d’anciennes promesses ?
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Comment parler d’égalité des chances alors que l’exode des enseignants, la fracture urbaine-rurale et le déficit en infrastructures persistent ?
Séisme d’Al Haouz : la politique du chiffre ou celle de l’humain ?
Akhannouch a égrené des statistiques impressionnantes : 51 000 maisons reconstruites, 118 km de routes, 123 km de seguias restaurées… Mais au-delà de cette comptabilité, une question reste entière :
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Les sinistrés ressentent-ils réellement cette « relance » dans leur quotidien, ou vivent-ils encore sous des tentes et dans l’incertitude ?
Tourisme, CAN 2025 et Mondial 2030 : pour qui ces grands chantiers ?
Le chef du gouvernement a vanté les projets de l’aéroport de Marrakech et la préparation des grandes compétitions sportives internationales. Mais :
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Ces chiffres record de touristes bénéficient-ils au citoyen ordinaire, ou renforcent-ils seulement l’image d’un Maroc vitrine destiné à l’extérieur ?
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N’y a-t-il pas aujourd’hui deux Maroc : celui des statistiques et des forums internationaux, et celui de la souffrance dans les hôpitaux et les écoles publiques ?
Politique et élections : discours d’équilibre ou pari risqué ?
Akhannouch a reconnu que la dernière année de la législature est aussi une année électorale, appelant à « préserver la cohésion » de la majorité. Mais :
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Le discours des « réalisations » suffit-il encore à convaincre un électorat frappé par la vie chère et la dégradation des services publics ?
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Ou bien les prochaines élections seront-elles, au contraire, « la goutte d’eau qui fera déborder le vase » ?
Conclusion analytique
Le discours de Marrakech reflète une tension : d’un côté, une volonté d’imposer une narration optimiste de réformes réussies ; de l’autre, un terrain social bouillonnant, marqué par la défiance, les protestations et une opposition politique vigilante.
La question centrale reste ouverte : à qui profite ce discours aujourd’hui ?
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Aux citoyens qui réclament des solutions concrètes et immédiates ?
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Ou à une machine électorale qui, à la veille des urnes, tente de substituer les slogans aux réalités vécues ?



