Une enquête menée par le Centre marocain pour la citoyenneté relance un débat crucial sur la scène politique marocaine : la crise croissante de confiance entre les citoyens et leurs institutions. Les chiffres révèlent qu’une large majorité de Marocains est insatisfaite du fonctionnement du gouvernement, du parlement, des partis politiques, des syndicats, mais aussi des médias et des collectivités territoriales.
Le gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch, après quatre années d’exercice, n’a obtenu que 1,1 % de satisfaction positive, contre 87,3 % d’insatisfaction totale. Le parlement n’est guère mieux évalué, avec également seulement 1,1 % de satisfaction positive, tandis que les partis politiques ont enregistré le niveau de confiance le plus faible jamais mesuré, avec 91,5 % d’évaluations négatives – un signal alarmant sur la fragilité de la médiation partisane dans un pays qui mise sur les élections comme outil de renouvellement politique.
Les syndicats (84,7 % d’évaluations négatives) et les médias (73 % d’évaluations négatives) n’ont pas non plus échappé à la vague de mécontentement, et même les collectivités territoriales et les associations civiles – pourtant supposées être proches du citoyen – restent mal évaluées, illustrant une crise structurelle dans la relation entre le citoyen et toutes les formes de représentation et d’organisation.
Questions fondamentales
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Le problème réside-t-il dans les partis, devenus des structures électorales dépourvues de projet sociétal clair, plus préoccupés par les postes que par l’encadrement citoyen ?
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Ou le problème est-il plus profond, lié au système politique lui-même, qui limite le rôle de médiation et transforme les partis en façades sans capacité réelle d’influence sur les politiques publiques ?
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Dans quelle mesure les générations fondatrices des partis marocains sont-elles responsables de cette situation, leurs structures ayant été créées à des périodes où la priorité était la stabilité politique plutôt que la construction d’une véritable démocratie ?
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Ce mécontentement reflète-t-il un échec cumulatif depuis des décennies, où aucun gouvernement, parlement ou syndicat n’a pu convaincre les citoyens qu’il travaille réellement pour eux ?
Enjeux pour les élections de 2026
Si ces niveaux de confiance restent aussi bas, que peut attendre le système des élections de 2026 ? Compte-t-il sur une participation formelle pour légitimer le processus politique ? Ou fera-t-il face à une crise plus profonde : un abstentionnisme massif qui pourrait mettre en péril l’avenir de la médiation partisane ?
Les résultats actuels ne présagent rien de bon : comment mobiliser les électeurs marocains pour se rendre aux urnes alors que 90 % des partis ne les représentent pas, que le parlement est perçu comme inefficace et que le gouvernement n’offre que des promesses vides ?
Conclusion
Ce que révèle cette enquête ne se limite pas à des chiffres ; c’est un véritable signal d’alarme. La confiance sociale et politique s’est érodée à un niveau inédit. La question maintenant est : le système politique marocain aura-t-il le courage de repenser la gestion de la vie politique et partisane, ou se contentera-t-il de changer les visages sans changer les règles du jeu ?
La réponse déterminera l’avenir politique du Maroc à l’horizon 2026 et au-delà.



