La visite du ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, le mercredi 17 septembre 2025 dans les provinces de Nador et de Driouch, n’était pas une simple mission protocolaire. Elle s’est déroulée dans un climat de tension où la contestation sociale menaçait de dégénérer, alimentée par la colère face à la dégradation des services hospitaliers, au manque de médicaments et de ressources humaines, et à l’usure des équipements.
Des visites symboliques et des promesses réitérées
Le ministre a commencé par l’hôpital Hassani de Nador, avant de se rendre sur le chantier du nouvel hôpital provincial de Selouane, un projet structurant de 560 millions de dirhams, d’une capacité de 250 lits, dont l’achèvement est prévu pour février 2026.
La tournée a également inclus l’hôpital provincial de Driouch (150 lits) et l’hôpital de proximité de Midar (45 lits). Partout, le ministre a écouté médecins, infirmiers et administratifs dresser un constat clair : pénurie de personnel, carences dans l’approvisionnement en médicaments, et absence de maintenance des appareils.
Entre discours royal et attentes citoyennes
Le ministre a promis des solutions « dans les plus brefs délais ». Mais cette formule, souvent répétée, suffit-elle à restaurer la confiance des citoyens ? La question essentielle reste posée : ces visites sont-elles le signe d’un engagement à long terme pour transformer la réalité sanitaire, ou simplement une manœuvre pour apaiser momentanément la rue ?
« Une vidéo largement partagée depuis l’hôpital de Driouch montre un citoyen interpeller le ministre de la Santé en déclarant : Tous les médecins que vous voyez aujourd’hui, on ne les trouve jamais les jours ordinaires… Leur présence est pour les caméras, pas pour les patients. Ce témoignage met en lumière la contradiction flagrante entre l’image officielle des visites ministérielles et la réalité vécue quotidiennement par les citoyens dans les hôpitaux. »
شخص أمام وزير الصحة في مستشفى الدريوش: هاذ الأطباء كاملين اللي هنا خلال الزيارة مكنلاقوهمش في الأيام العادية #المغرب pic.twitter.com/QmIwgn01jT
— Tanja7 (@Tanja7com) September 17, 2025
Chaque responsable est comptable de sa mission
Pour le citoyen, l’essentiel n’est ni le budget colossal des projets ni le calendrier d’inauguration, mais la garantie de trouver un lit disponible, un médecin présent et un traitement accessible. Cela soulève plusieurs interrogations :
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Qui assure la maintenance et la durabilité des nouvelles infrastructures une fois inaugurées ?
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Comment éviter que ces projets ne deviennent des coquilles vides faute de personnel qualifié ?
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Le rythme de formation et de recrutement des professionnels de santé correspond-il aux investissements consentis ?
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Et surtout, qui rendra des comptes si les promesses ne se traduisent pas en amélioration tangible pour les malades ?
De l’urgence sociale à la réforme structurelle ?
La tournée du ministre s’inscrit dans la logique des orientations royales appelant à une refonte profonde du système de santé. Mais la réalité impose de dépasser les visites symboliques et les discours rassurants. La réforme ne se mesure ni aux inaugurations ni aux chiffres budgétaires, mais à la conviction du citoyen que « l’État est réellement présent à son chevet et dans son traitement quotidien ».



