À quelques semaines de la présentation attendue du rapport de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, devant le Conseil de sécurité en octobre, Alger a accueilli une visite remarquée. Reçu au palais d’El Mouradia par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, De Mistura a mené une rencontre qui, en apparence, relevait de la routine diplomatique. Mais en profondeur, elle traduit des signaux d’un possible changement qualitatif dans le discours onusien et dans l’approche de la communauté internationale concernant la question du Sahara marocain.
De la « neutralité » onusienne à la mise en cause de l’Algérie
Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que De Mistura ne parle plus comme simple « médiateur neutre ». Il devient plus explicite, adressant des messages politiques clairs : l’Algérie n’est pas un simple « observateur », comme elle le prétend, mais bien une partie principale du conflit. Dans un entretien récent accordé à l’Institut italien des études de politique internationale (ISPI), il a affirmé que le différend ne se limitait pas au Maroc et au « Polisario », mais qu’il opposait deux États : le Maroc et l’Algérie. Il a d’ailleurs qualifié le « Polisario » de simple « groupe » dépourvu de souveraineté.
Cette position constitue une sortie inédite du lexique traditionnel de l’ONU, longtemps marqué par l’ambiguïté. Pour la première fois, un émissaire onusien semble confronter directement la narration algérienne, façonnée depuis des décennies pour se présenter comme un « voisin non concerné ».
Washington : l’autonomie comme seule solution
La tournée de De Mistura a coïncidé avec ses consultations auprès de responsables internationaux, notamment Masad Boulos, conseiller du président américain. Washington a réitéré par sa voix son soutien constant à l’initiative marocaine d’autonomie, considérée comme la seule solution réaliste et crédible pour clore le différend.
Les États-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité et « porteur de plume » du dossier du Sahara, n’analysent plus ce conflit comme une querelle régionale figée. Ils l’inscrivent désormais dans une équation plus large liée à la stabilité en Afrique du Nord et au Sahel, où les menaces sécuritaires et les groupes armés gagnent en intensité.
Un soutien européen et africain croissant au Maroc
Cette position américaine converge avec celles de capitales européennes majeures comme Madrid, Berlin et Paris, sans oublier des dizaines d’États africains et arabes ayant ouvert des consulats à Laâyoune et à Dakhla — reconnaissance pratique de la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud. La question se pose alors : combien de temps encore l’Algérie pourra-t-elle maintenir son discours de « neutralité » face à un tel basculement international ?
L’Algérie entre isolement diplomatique et pressions accrues
L’Algérie se retrouve aujourd’hui dans une situation complexe. À l’intérieur, elle fait face à des défis politiques et économiques persistants ; à l’extérieur, son isolement s’accentue au gré de ses différends avec les pays du Sahel et des pressions croissantes au Conseil de sécurité. Les dernières déclarations de De Mistura ont réduit son espace de manœuvre, la plaçant dans la position de partie directement responsable de la prolongation du conflit. Le rapport d’octobre pourrait bien consacrer officiellement ce virage.
Un contexte international qui accentue la pression
Ce changement ne peut être dissocié du contexte international : guerre en Ukraine, crise énergétique mondiale, et montée en puissance stratégique de l’Afrique du Nord comme espace vital pour l’énergie, la sécurité et la gestion migratoire. Le Maroc, qui a renforcé son rôle de partenaire stratégique de l’Occident, mise sur le mois d’octobre comme moment décisif pour consacrer son initiative d’autonomie comme unique solution praticable au conflit.
Questions pour la phase à venir
Le rapport de De Mistura pointera-t-il pour la première fois la responsabilité directe de l’Algérie ?
Le prochain Conseil de sécurité ouvrira-t-il la voie à un retrait du dossier du Sahara de la Quatrième Commission, pour l’inscrire dans un processus de règlement définitif basé sur l’autonomie ?
Comment l’Algérie réagira-t-elle à ce tournant : choisira-t-elle un engagement officiel dans les négociations ou persistera-t-elle dans le déni et la manœuvre, au risque d’accentuer son isolement ?
Vers un nouveau tournant
Les déclarations de De Mistura et sa visite à Alger ne sont pas un détail anodin, mais bien l’indice d’un changement dans l’état d’esprit onusien et international. Avec un soutien américain et européen croissant, le mois d’octobre s’annonce comme une véritable inflexion : assigner clairement la responsabilité à l’Algérie et consacrer la proposition marocaine d’autonomie comme seule solution réaliste et durable à un conflit vieux de plusieurs décennies.



